Le procès des décrocheurs, dessins d'audience

Jeudi 22 octobre a eu lieu le procès en appel de «décrocheurs de Macron». Comme lors du jugement en premier instance, j'étais présent à leurs côtés pour rendre compte de l'audience, et témoigner par le dessin de leurs actions, dont je me sens solidaire.

Ces militants dont je soutiens l'action sont poursuivis pour "vol en réunion". En fait de vol, ce décrochage symbolique du portrait du président de la république dans des mairies, est un acte de désobéissance civile non violente utile et nécessaire.

L'objectif de ces actions de "décrochage" est à la fois d'alerter l'opinion publique sur l'urgence des enjeux du dérèglement climatiques, et de dénoncer l'inaction du président de la République, et de son gouvernement. Le choix du ministère public de poursuivre en justice ces militants ( 150 réquisitions prononcées à ce jour) permet paradoxalement de créer encore plus d'échos à ses actions: chaque procès est transformé en tribune, où les enjeux climatiques sont mis en regard de l'inaction gouvernementale.

Les notes qui accompagnent ces dessins,  prises sur l'instant pendant l'audience, sont très succinctes et incomplètes, mais leur retranscription permet de mieux rendre compte du contexte.

 

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Début de l'audience. L'avocat des prévenus demande l'annulation d'une des poursuites (refus de prélèvement ADN) pour vice de forme.

 

Début d'audience, l'avocat des prévenus plaide l'annulation d'un des motifs de poursuite lié à un prélèvement ADN. © Pedrosa Début d'audience, l'avocat des prévenus plaide l'annulation d'un des motifs de poursuite lié à un prélèvement ADN. © Pedrosa

La présidente rappelle brièvement les faits avant d'appeler à la barre les prévenus.

La présidente du tribunal rappelle les faits. © Pedrosa La présidente du tribunal rappelle les faits. © Pedrosa

Un à un, les militants passent à la barre pour exposer les raisons de leur action. Chacun explique que ces "décrochages", et le risques judiciaires encourus, ont été décidés en toute conscience, en estimant accomplir un devoir citoyen. 

Les militants passent à la barre. © Pedrosa Les militants passent à la barre. © Pedrosa

Les militants rappellent les enjeux climatiques, et les raisons personnelles de leur engagement. Ils soulignent que leurs actions ont été préparées avec soin, menées à visage découvert, en prenant soin que personne ne soit heurté, ni verbalement, ni physiquement.

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Jean-Pascal Van Ypersele est le premier témoin de le défense. Ancien vice-président du GIEC, il rappelle notamment les engagements pris par les états, dont la France, et souligne qu'aucun d'entre eux n'est dans la bonne trajectoire pour atteindre la neutralité carbone dans les délais nécessaires pour éviter le pire. Il souligne à quel point l'engagement des jeunes pour le climat en général, et celui des prévenus en particulier, aident à faire entendre un" signal d'alarme" que les états écoutent insuffisamment.

Jean Pascal Van Ypersele, ancien vice-président du Giec. Jean Pascal Van Ypersele, ancien vice-président du Giec.

Agnès Catoire, membre de la Convention citoyenne pour le climat est le deuxième témoin. Elle remercie les prévenus pour leur action, et souligne à quel point le travail de la Convention climat est mis à mal par le gouvernement qui en retire petit à petit toute sa substance.

Agnès Catoire, membre de la Convention citoyens pour le climat. © Pedrosa Agnès Catoire, membre de la Convention citoyens pour le climat. © Pedrosa

Cécile Duflot, directrice générale d'Oxfam et ancienne secrétaire générale d'ELLV , est le troisième témoin. Elle rappelle que nous disposons de tous les moyens intellectuels, humains, financiers et techniques pour faire face à la menace du dérèglement climatique: seul manque la volonté politique. Elle souligne que l'action des militants n'est en rien une faute. La faute est l'inaction politique des pouvoirs publics.

Cécile Duflot, présidente d'Oxfam. © Pedrosa Cécile Duflot, présidente d'Oxfam. © Pedrosa

C'est au tour de l'avocat général de prendre la parole pour donner ses réquisitions. Il ne conteste pas la menace climatique, une menace réelle pur l'humanité. Mais il estime que la désobéissance civile n'est pas acceptable dans un état de droit, et qu'il serait "tout à fait possible d'agir autrement." Il reconnait toutefois la valeur de l'engagement des activistes, et "se félicite qu'ils aient un idéal"....

Les réquisitions de l'avocat général. © Pedrosa Les réquisitions de l'avocat général. © Pedrosa

L'avocat de la défense est le dernier à prendre la parole. Il ne conteste pas que l'action des prévenus soit symbolique, mais "le tribunal ne méconnait pas les symboles". Si il est incontestable qu'il existe de nombreux recours légaux pour agir en faveur du climat et contester l'inaction politique, il souligne la lenteur extrême de ces recours et rappelle la nécessité d'agir avec urgence. Le reste de sa plaidoirie, très préparée et assez technique, met en avant la jurisprudence sur l'usage de la liberté d'expression des militants et qui à elle seule selon lui justifie l'abandon des poursuites.

La plaidoirie de l'avocat des prévenus. © Pedrosa La plaidoirie de l'avocat des prévenus. © Pedrosa

Le jugement est mis en délibéré pour le 10 décembre.

 

 

 

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