Faut s’en foutre du foot !

Le 10 juin 2016, va débuter le championnat d’Europe de la balle au pied avec un match opposant l’équipe de France à celle de la Roumanie. Le contexte de risques d’attentats, de crise politique, d’épuisement des forces de l’ordre et de contestation sociale n’est pas particulièrement propice à un grand rassemblement populaire.

Le 10 juin 2016, va débuter le championnat d’Europe de la balle au pied avec un match opposant l’équipe de France à celle de la Roumanie. Le contexte de risques d’attentats, de crise politique, d’épuisement des forces de l’ordre et de contestation sociale n’est pas particulièrement propice à un grand rassemblement populaire.

 

Ne nous mentons pas ! Il est strictement impossible de sécuriser une telle compétition. Seuls 11 matchs sur 51 seront diffusés sur des chaînes de la TNT ; en conséquence, un grand nombre de bistrots seront bientôt bondés de supporters alcoolisés pour venir profiter de beIN Sports, et il est bien évident que sécuriser ces établissements est infaisable.

Le gouvernement aurait pu empêcher la chaîne qatarie d’acheter l’exclusivité des droits et conseiller aux supporters de regarder les matches chez eux sur TF1 et M6 ; ils ont préféré interdire aux patrons de bar de tourner l’écran vers la rue pour éviter les attroupements. Il y a d’ailleurs fort à parier que cette directive ne sera pas suivi d’effet car quand le supporter boit, il a envie de fumer ; et quand un bistrotier peut vendre 200 pintes dans une soirée, il y a peu de chance qu’il se résigne à n’en vendre que 50.

Autre aspect économico-sécuritaire, certaines villes ont renoncé à installer une « fan zones », c’est-à-dire un écran géant sur une place publique, notamment car l’UEFA exige le paiement de 40 000 euros, d’avance s’il vous plait, pour avoir le droit de diffuser un match dans de telle condition. On peut se demander ce qui est susceptible de motiver ou d’empêcher l’édification de ses « fan zones ». Il parait assez évident que les risques d’attentats, ici comme ailleurs, passent bien après l’opportunité de vendre des boissons et autres produits dérivés.

Marine Le Pen, une fois de plus chantre du tout sécuritaire, s’est engouffrée dans cette brèche et a déclaré que maintenir ses « fan zones » en plein état d’urgence « n’était pas raisonnable ». A Saint-Etienne, une grève des services de ramassage des déchets menaçait d’empêcher la mise en place de cet emplacement réservé aux supporters. Un accord a finalement été trouvé avec la CGT pour que les ordures disparaissent de la place, afin de laisser place… aux buvettes, bien plus rémunératrices.  

Les leaders de la sécurité en France, dont Sécuritas, ont d’ailleurs refusé, selon Europe 1, de travailler sur ces sites réservés aux fans de football. Bien que ne disposant pas des effectifs nécessaires, ce sont des sociétés plus petites qui ont accepté d’assurer la sécurité, notamment à Bordeaux. On peut légitimement se demander s’il est bien sérieux de recruter à la va-vite des agents de sécurité débutants, mal formés et sans aucun doute mal payés.

 

Par ailleurs, la compétition intervient dans un climat social particulièrement tendu. Le gouvernement tente de profiter de la popularité de ce sport pour ringardiser le syndicalisme français et lui faire porter la responsabilité de ce qu’il qualifie de « blocages ».

Il est pourtant bien évident que le timing a été soigneusement choisi par le gouvernement pour que les inévitables grèves soient impopulaires. Faire passer un tel texte au lendemain du scandale des Panama Papers, en utilisant l’article 49-3 de la Constitution, à la veille du BAC, de l’Euro de football et des vacances d’été est évidemment une tactique politicienne et disons-le : antidémocratique.

Malgré les désagréments pour ceux que les problèmes de transport stressent le plus, malgré les poubelles dans les rues et la pénurie d’essence, 7 français sur 10 continuent d’être opposés à la Loi El Khomri. Les efforts de médias « aux ordres » n’ont, semble-t-il, pas décidés les métropolitains à faire une croix sur leurs conditions de travail afin de profiter pleinement des jeux du cirque.

 

Les autres aspects qui décrédibilisent cette compétition sont bien évidemment le dopage, la violence, les tricheries et la corruption généralisée qui touchent le monde du football. Alors, espérons…

Espérons que nous ne verrons pas de jeunes joueurs comme Patrice Ekeng ou Gregory Mertens s’effondrer, foudroyés par une crise cardiaque.

Espérons que nous ne verrons pas de matchs volés comme celui du Ghana en 2010 ou celui de la Tunisie en 2015.

Espérons que les instances dirigeantes du foot européen n’achèteront pas le silence des fédérations lésées par ces tricheries éhontées (aujourd’hui filmées sous tous les angles) comme ce fût le cas pour les irlandais en 2010.

Espérons qu’une grande star ne s’abaissera pas à commettre, devant plusieurs centaines de millions de téléspectateurs, un acte de violence comme Zinedine Zidane en 2006.

Espérons que la sélection tricolore daigne sortir du bus pour s’entrainer.

Espérons qu’aucun joueur ne se distinguera en insultant son coach comme l’ont fait Nicolas Anelka et plus récemment Serge Aurier.

Espérons qu’aucun arbitre ne poignardera de joueur et qu’en représailles, aucun supporter ne le décapitera, comme c’est arrivé au Brésil en 2013.

Espérons, enfin, que personne ne mourra lynché par des hooligans, comme ce fût le cas pour deux personnes, au Maroc, en mars dernier.

Espérons…

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