La crise : Un mythe permettant le totalitarisme

« La crise » n’est qu’un prétexte pour imposer des politiques de plus en plus libérales à des peuples qui n’ont plus le choix qu’entre accepter le totalitarisme économique et politique ou s’exclure du marché du travail en entrant dans une activité militante. Les élections ne sont plus qu’un simulacre de démocratie qui ne vise qu’à légitimer un pouvoir corrompu, aux ordres des multinationales.

Lorsque j'étais enfant, des affiches "Touche pas à mon pote" tapissaient les murs de la petite commune de banlieue parisienne dans laquelle mes parents avaient choisi de s'établir. François Mitterrand était à la tête d'une France qui me semblait pacifiée et égalitaire. Ma mère, institutrice dans l'école publique et cosmopolite que je fréquentais, m'expliquait alors que tous les français étaient égaux, quelle que soit leur couleur de peau, leur religion et leurs origines sociales et culturelles.

Ce n'est que des années plus tard que j'ai compris que d'autres enfants avaient en réalité beaucoup moins de chance que moi. Très certainement, ai-je culpabilisé à ce moment de cet état de fait. J'étais un riche au milieu des pauvres.

 

Quelques années plus tard, j'ai appris en cours d'économie pourquoi il y avait tant de pauvres : c'était la crise ! Et la crise ne datait pas d'hier. Premier choc pétrolier. Second choc pétrolier. Chômage de masse. On m’explique qua la France est prise dans "la spirale de la croissance molle". Et oui, en 1996, deux décennies après le début de "la crise", la  France affichait 2,5% de croissance du PIB. Ce niveau de croissance (dont on se gargariserait aujourd'hui) était à l'époque dépeint comme catastrophique. Les experts étaient d'ailleurs tous d'accord : il fallait baisser les « charges » qui pesaient sur les entreprises et bien évidemment réduire le déficit budgétaire pour retrouver un niveau de croissance suffisant à leurs yeux.

Encore plus tard, alors que j'étudiais à la prestigieuse Sorbonne, mes profs d'économie m'ont expliqué la financiarisation de l'économie et la façon dont les bulles spéculatives se forment, puis éclatent. Comme pour illustrer leurs propos, la crise de "la bulle internet" a secoué notre économie et avec elle, certaines de mes certitudes. N'étions-nous pas déjà "en crise" ? Une crise peut-elle se superposer à une autre ? Certains ont très bien vendu leur start-up ; est-ce vraiment la crise pour tout le monde ? D’autres, à l'instar de mes parents durant mon enfance, parviennent manifestement à tirer leur épingle du jeu, même (surtout ?) en cas de crises.

 

 

Les mois, les années, et les crises passent. J’entre tant bien que mal dans la "vie active". Après un an de chômage, j'ai la chance inestimable de trouver un travail aussi inintéressant qu'aliénant. Je gagne de l'argent et m'installe enfin seul dans un 18m2. C'est entre ces murs que je vois passer la "crise financière". Des banques d'affaire ont acheté des "crédits pourris" au gré de leurs spéculations et se retrouvent au bord de la faillite. Ce sont les états endettés qui font alors fonctionner la planche à billet pour éviter leur faillite. Le seul état américain a purement et simplement donné 700 milliards de dollars à ses banques d’affaire, sans aucune contrepartie.

Parallèlement, 14 millions de familles américaines ont été expulsées de leur propre logement ; 500 000 de ces expulsions ont d'ailleurs été faites de manières illégales. Parfois, ces maisons étaient la propriété de ces familles depuis des dizaines d'années. Des banques, en parvenant leur refourguer des prêts hypothécaires, c'est à dire de "simples" prêts à la consommation, se sont octroyés leur logement, jusqu'à les en expulser. Dans d'autres cas, des familles qui souhaitaient accéder à la propriété ont pêché par naïveté en empruntant à des conditions désastreuses, entre taux révisables et primes de risques, avec la même conséquence : l’expropriation.

Alors que la bulle spéculative de l'immobilier américain éclate et met au jour le scandale des subprimes, comment les financiers ont-ils réussi à obtenir 700 milliards de dollars sans contrepartie ? Comment le peuple américain a-t-il pu accepter cela ?

En réalité, les américains n'ont pas donné leur accord pour attribuer cette somme indécente à ceux qui, dans le même temps, détroussaient leurs pauvres. Ils ont écrit, twitté, parfois jusqu'au harcèlement, leurs représentants pour qu'ils votent contre ce "plan Paulson". Le 29 septembre 2008, le "plan de sauvetage" est d'ailleurs rejeté, provoquant un krach boursier : Le Dow Jones perd 777 points et ferme à -7%.

Ce scandaleux racket de la population a finalement eut lieu en toute opacité par des jeux politico-politiques entre représentants corrompus. Des "démocrates" rejoignent certains "républicains" et finissent pas accepter de "sauver les banques" en échange de confortables retraites de sénateurs et autres pots de vin. La finance a réussi à faire accepter aux Etats Unis cet ahurissant concept : "Socialisation des pertes ; Privatisation des profits".

 

Cette prise en main du pouvoir politique par la finance n'a pas seulement lieu outre Atlantique. L'Union Européenne, à la même période, jetait également les bases juridiques de l'exploitation de son propre peuple.

Les Pays-Bas et la France s'étaient exprimés contre le projet de constitution européenne par la voie référendaire ? Peu importe, l'oligarchie fera passer le texte au parlement. Le texte est inconstitutionnel ? Pas de problème, il suffira aux milliardaires de corrompre nos représentants pour qu'ils votent la modification de ce texte (ou s'abstiennent). En France, ce sera fait le 4 février 2008, le Parti Socialiste ayant rendu cela possible en s'abstenant massivement. On retrouve d'ailleurs, dans la liste de ces abstentionnistes, une des figures de l'incorruptibilité à la sauce "Parti Socialiste" en la personne de Jerôme Cahuzac.

La finance internationale n'a pas réécrit nos constitutions pour rien. A partir de 2009, les financiers vont pouvoir s'attaquer directement aux Etats pour leur imposer l'austérité. C'est ce que nos médias appelleront pudiquement "la crise de la dette". La Grèce, qui s'était par le passé accommodée d'un taux d'endettement important, servira d'exemple.

La dette grecque est largement due aux taux d’intérêts extrêmement élevés demandés par les créanciers, aux dépenses militaires et celles liées à l'organisation des jeux olympiques en 2004, au coût de la recapitalisation de banques privées par l’État, et au manque à gagner dû à l'évasion fiscale. On ne s'étonnera donc pas dans ce contexte que le premier accord de prêt de 2010 permette le sauvetage de banques privées. Les plans de sauvetage suivants ne feront qu'accentuer l'insoutenabilité de la dette grecque.

 

Ainsi, le système de domination par la dette, mis en place dans les années 80 et 90 par le Fonds monétaire international (FMI), pour contraindre les pays en voie de développement (PED) à courber l'échine et à adopter des politiques économiques de plus en plus "rigoureuses", est exporté en Europe occasionnant une véritable catastrophe humanitaire. La Grèce ne peut, dans ces conditions, qu'entrer dans la spirale de la récession : Les salaires baissent (-14% de leur salaire minimum entre 2008 et 2015) entrainant de moindres recettes fiscales, ce qui n'est bien évidemment pas pour arranger le problème d'endettement. Le 5 juillet 2015, le peuple grec vote "Non" à la question posée lors du referendum proposant un nouveau "plan de sauvetage" ; un plan similaire sera donc adopté au parlement quelques jours plus tard.

La crise n’existe pas. C’est un mythe qui permet aux riches, depuis 40 ans, de devenir encore plus riches. Si nos finances sont déséquilibrées, c’est le fait à la fois d’un racket organisé via l’artificielle crise de la dette, et d’un scandaleux problème de répartition des richesses et de l’impôt. C’est vrai au niveau des entreprises (les plus importantes comme Total ne payent pas d’impôts), comme au niveau des citoyens (les plus riches, à force de maximisation, d’optimisation et de placement dans des niches fiscales profitent même souvent d’un crédit d’impôt).

 

Les hommes et femmes politiques français ont parfaitement conscience d’avoir des pratiques anti-démocratique et des positions contradictoires.

Le programme économique de M. Sarkozy en 2007 ne prévoyait pas le traité de Lisbonne ni la réforme des retraite. C’était un programme marqué idéologiquement car il pointait du doigt les immigrés et les chômeurs, mais assez peu libéral concrétement. Or dans la pratique, une fois élu, Sarkozy a allongé l’âge de départ à la retraite et a fait passer le traité de Lisbonne au Parlement.

En 2012, en difficulté, le projet de M. Sarkozy fût beaucoup plus à droite, et en conséquence moins bien accueilli. Il a alors proposé de refondre le droit du travail en privilégiant la négociation au niveau de l’entreprise (en clair, la loi El Khomri), et a perdu les élections.

L’extrême droite feint de s’opposer à la loi travail mais ne peut politiquement pas dire qu’elle soutient la CGT dans sa lutte. Il n’y a pourtant pas beaucoup de façons de s’opposer face à un gouvernement qui utilise l’arme fatale du 49-3 pour faire passer une loi aussi impopulaire.

En réalité, nos représentants sont devenus des professionnels de la politique, et constituent aujourd’hui une véritable classe sociale, avec leurs intérêts, forts éloignés de l’intérêt général qu’ils prétendent défendre.

 

« La crise » n’est qu’un prétexte pour imposer des politiques de plus en plus libérales à un peuple qui n’a plus le choix qu’entre accepter le totalitarisme économique ou s’exclure du marché du travail en entrant dans une activité militante. Les élections ne sont plus qu’un simulacre de démocratie qui ne vise qu’à légitimer un pouvoir corrompu, aux ordres des multinationales.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.