Dès le début du confinement, je n'ai pas voulu utiliser de réveil-matin. Je voulais en profiter pour me réveiller à une heure biologique plutôt qu'imposée de l'extérieur. Les premières semaines, je n'arrivais pas à ouvrir les yeux avant 9h30, je me laissais être mais je culpabilisais de perdre la matinée à ne rien pouvoir faire d'autre que du yoga et de la cuisine. Je n'avais pas d'autre obligation vu que mes contrats professionnels étaient tous suspendus. Puis, l'heure du déjeuner arrivait et après le repas, il fallait ranger et suivre la scolarité -devenue chaotique- de mes enfants. Deux semaines plus tard, je me réveillais toujours à 9h30 mais comme on était passé à l'heure d'été, techniquement c'était une heure plus tôt. J'ai continué à suivre mon rythme naturel sans jamais utiliser un réveil. J'ai aussi enlevé ma montre. Je devais dormir beaucoup parce que je ne me couchais pas plus tard pour autant. On n'en a pas envie à la campagne, on ne sent pas l'énergie nerveuse de la ville avec les lumières et le bruit constants. Au contraire, une fois la nuit tombée et la nature assoupie, on est porté à faire de même. Ce rythme naturel est contagieux. Je m'endormais même en lisant l'après-midi ou devant les films qu'on regardait le soir, comme si je m'étais relâchée et que j'hibernais. Ce n'est que depuis quelques jours que je me réveille naturellement vers 7 heures et que j'ouvre les yeux sans fatigue aux premiers rayons de soleil perçants.
Sans m'en rendre compte j'avais accumulé des années de fatigue à jongler les différents aspects de ma vie, entre mon travail, mes enfants, ma famille, mes voyages, nos déménagements, mes allers-retours vers la France, toujours dans un mouvement vers l'avant. C'est la première fois depuis que je suis devenue mère (23 ans exactement) que je fais une vraie pause, c'est à dire que je ne bouge pas sauf pour les courses hebdomadaires, que je dors au même endroit sans interruption depuis deux mois (j'ai eu des moments où je me réveillais la nuit sans savoir où j'étais), que je ne cours pas après des contrats professionnels parce qu'il faut toujours assurer la suite, que je ne saute pas dans un avion pour une visite éclair de 48 heures, que je ne fais pas un voyage de mille kilomètres dès que j'ai une semaine de libre. C'est la première depuis très longtemps que légitimement, je peux ne rien faire. Je n'essaie même pas, ce n'est pas la peine puisque le monde extérieur s'est arrêté. Après deux mois, j'en ressens le bénéfice principal: un changement de perspective...tout simplement, mais un changement qui me fera appréhender mes défis autrement à la sortie (je l'espère). J'ai l'impression de me réveiller.