A cause du confinement et des restrictions de mouvement imposées, les funérailles du jeune Lubin dont j'ai parlé le mois dernier, se sont déroulées dans l'intimité de sa famille, c'est à dire ses parents et ses deux jeunes soeurs. Aucun autre membre de la famille ou ami n'a pu y assister. Ensemble, ils ont accompagné son corps dans son lieu de repos au cimetière de leur petite ville du Sud-ouest. Il n'y restera pas toujours seul, ses parents ont acheté des places pour eux aussi. Comme me l'a dit sa mère, c'est une sensation curieuse que de savoir où l'on sera enterré et de le préparer quand on n'a pas cinquante ans. La douleur de sa disparition est évidemment affligeante pour ses parents qui cherchent à comprendre le pourquoi et le comment des évènements qui l'ont porté à la dérive. L'intranquilité du questionnement et la colère de l'impuissance face à une tragédie qu'on n'a pas pu empêcher. Comment un médecin en France a pu prescrire des antidépresseurs puissants à un mineur qui n'allait pas respecter la posologie, sans en informer au préalable les parents? Pourquoi l'ami qui était avec lui ce soir-là n'a pas prévenu ses parents plus tôt quand il l'a vu inconscient? Qu'est-ce qui fait qu'il a décroché quand il était entouré d'une famille stable et aimante qui pensait tout faire pour le soutenir dans ses projets de vie? Pourquoi ne s'y sentait-il pas à sa place? Pourquoi ce refus de soutien psychologique? Pourquoi cet abandon? Comment ne pas culpabiliser quand on est parents? Des questions auxquelles il n'y a que des suppositions en guise de réponse pour un jeune homme qui rêvait d'être pilote d'avion mais qui à un moment crucial de sa jeunesse, en pleine adolescence, ne s'est pas senti à la hauteur de ses rêves. Sur la voie qu'il avait choisie à la place, il s'est laissé porter à la dérive jusqu'à échouer sur un rivage mortel. Lubin, un prénom dont l'origine supposée germanique signifierait amour (liebe en allemand), ou encore loup dans son étymologie latine. On retrouve aussi au début du VIème siècle, l'histoire de Lubin, humble berger du poitou, qui abandonna sa famille pour rejoindre un monastère et se consacrer à une vie religieuse. Devenu contre son gré évêque de Chartres, il fut canonisé après sa mort pour tous les miracles accomplis. Saint Lubin est fêté le 14 mars.
Billet de blog 9 avril 2020
Chronique romaine: l'intranquilité du questionnement
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