Une semaine depuis le début du déconfinement partiel. La vie reprend progressivement. Dans notre village, les habitants recommencent à se voir sur la place publique, ils gardent leurs distances et porte le masque sanitaire devenu obligatoire ici. On a l'impression de sortir d'une période d'hibernation, quand il faut un peu de temps pour se réhabituer à la lumière du jour. Focalisés comme nous le sommes sur le redémarrage, nous en oublierions presque le virus si les grands médias, quel que soit leur pays, n'étaient pas là pour nous en abreuver jusqu'au sur-plein. Pas un titre qui ne parle du coronavirus, il a envahi notre espace mental autant que physique. A travers l'objectif déformant des médias, on ne voit plus que cela: dernière information, témoignages, supputations, spéculations, prévisions, corollaires, enquêtes, il faut produire du contenu coûte que coûte dans une logique néfaste de production qui ne change pas, alors on épuise le sujet faute de regarder ailleurs.
L'ailleurs existe, puisque la vie continue par une gestation intérieure que nous vivons tous. Des changements silencieux s'opèrent, des décisions qui étaient latentes sont prises pour l'après, des bousculades ont lieu dans nos vies respectives, mais réussirons-nous pour autant à modifier nos modes de vie? J'ai du mal à le croire. Cette crise sanitaire, si elle s'arrête là, et le confinement qui en résulte sont trop courts pour bouleverser notre façon de vivre. Déjà, on retourne dans l'avant parce que c'est ce qu'on connait, c'est rassurant. Deux mois, ce n'est rien, c'est juste partir en voyage. On prend du recul, on regarde notre vie de l'extérieur, on change de perspective par la distance et le contact à une autre culture, mais on n'est pas extirpé assez longtemps de notre monde pour changer en profondeur. Au retour, on subit un décalage de quelques jours et rapidement, on reprend notre façon de vivre et nos habitudes. Je m'attends à ce que ce soit la même chose à la sortie du confinement. Certains d'entre nous prendrons des décisions drastiques comme d'aller vivre à la campagne ou de changer complètement de carrière, mais ces décisions étaient latentes, le confinement n'a fait que les accélérer. Pour le reste, c'est à dire la grande majorité d'entre nous, nous reprendrons le cours de notre vie, sans réponse mais soulagés de repartir avec l'espoir que ça ne se reproduise pas. Les changements arriveront peut-être à la suite du confinement, si une fois dehors, toutes nos énergies convergent pour faire éclater les anciens modèles, pas forcément par une révolte, mais par un mouvement imperceptible et prolongé de plaques tectoniques qui à terme, aboutit au tremblement. A voir.