Un jeu de miroirs

Enfermés dans nous même.....

Depuis plus d'un an, les règles liées à l’épidémie du Covid nous empêchent de vivre une vie enrichie par les contacts sociaux et d'entretenir des amitiés sans écran interposés, au point d'en oublier l'importance d'une présence physique. Nos corps font de nous des vivants avec des énergies et des odeurs. Les écrans font de nous des images, presque éternelles puisque les morts continuent à exister sur les réseaux sociaux.

 A échanger et travailler principalement sur Zoom, j’ai l’impression de vivre entourée de miroirs, je me vois quand je fais du yoga, je me vois quand je suis en réunion, je me vois quand je parle à mes amis, je me vois partout. Je suis en même temps protagoniste et observatrice. Je participe à un échange et en même temps je me vois y participer. Drôle de position d'être dedans et dehors de soi-même en même temps. Être là mais se voir agir de l'extérieur et en conséquence, se préoccuper principalement de soi et de son apparence, lire son propre visage en même temps qu'on lit celui de l'autre.

 L’implacable objectivité de la camera de l'ordi ou du smartphone n'aide pas à nous en détacher. Je ne peux pas m'empêcher de regarder comment elle me saisit, sans le filtre subjectif de mon propre regard devant un miroir qui reçoit et interprète l'image autrement. Non, l’écran ne nous raconte pas d’histoire, on y apparait comme on est et avec l’âge qu’on a. C'est connu, les images télévisées servent mieux la prime jeunesse (et la sculpture grecque aussi). En attendant que mes interlocuteurs apparaissent, je m'amuse à faire des grimaces pour trouver l'expression la plus flatteuse que je porterai sur le visage tout le temps de la réunion. J'imagine que je ne suis pas la seule à faire ça, et que nous sommes nombreu.ses à ne pas nous plaire à l'écran. Avec les progrès technologiques, les plateformes se chargeront certainement de cette question et nous photoshopperont en direct. C'est déjà le cas avec les filtres Instagram, ça ne devrait pas tarder ailleurs. J'ai déjà compris que sourire devant l’écran, c'est bien plus flatteur, alors je m'efforce de sourire pour que les rides d’expressions remplacent momentanément celles de l’âge, mais où est la sincérité dans ces mimiques ? Mes interlocuteurs font-ils de même en attendant que les autres se connectent ? Je dirais que oui. La comédie humaine ne cesse de se renouveler avec les nouveaux outils à sa disposition. A être autant concentrés sur soi-même, nous nous retrouvons emprisonnés dans un jeu de miroirs dont nous n'arrivons plus à sortir, et au lieu d'avoir un regard élargi sur le monde, qui nous transporte vers l'extérieur et nous fait sortir de nous-mêmes, nous nous refermons davantage.  Laissez-moi m'échapper!

 

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