On ferme les yeux et on sort dépenser

La via del Corso, principale rue marchande de Rome, était grouillante de monde ce weekend, la piazza di Spagna tout aussi bondée et les ruelles environnantes submergées, on était loin de la pandémie mondiale dont nous abreuvent quotidiennement les médias italiens. D'ailleurs, leur information se réduit à une annonce journalière de chiffres, sans commentaire, ni recul, ni analyse. Un exposé pur et simple de statistiques. Et de ces chiffres qu'en font les citoyens? Rien, ils ne peuvent rien en faire alors ils se concentrent sur d'autres chiffres: ceux de leurs achats de Noël. Pour dépenser, ils sortent et on les laisse faire car l'économie a besoin d'eux. Le gouvernement a même décidé de les aider en leur accordant un cashback, c'est à dire un remboursement de dix pour cent de leurs achats s'ils payaient par carte uniquement (jusqu'à hauteur de 150 euros). Plutôt qu'une aide à la consommation, la motivation principale de ce geste, on s'en doute, est la lutte contre la fraude fiscale, car en Italie, l'économie souterraine reste prépondérante. Si, en voyageant en Italie, vous vous demandez pourquoi les Italiens préfèrent faire la file aux barrières d'autoroute plutôt que d'utilisez le Télépass, c'est parce qu'ils veulent payer en espèce pour ne pas laisser de trace. 

Pour ce qui est de la pandemie, on se reprendra plus tard, laisse annoncer le gouvernement, peut-être avec un lockdown ou un semi-lockdown pendant les fêtes? Ils ne savent pas quoi faire, ils ne savent plus et dans l'attente de leur décision, les citoyens restent dans une nébuleuse complète. Les régions seront-elles toutes en zone rouge ou seulement une partie? Pourront-ils se déplacer d'une région à l'autre ou d'une province (sous-division des régions) à l'autre pour se retrouver en famille? Pourront-ils même sortir de leur commune les jours de fêtes? Pas de réponse claire. Un décret annonçant les principales règles est pourtant sorti mais même celui-ci est remis en question. En attendant, mis à part le port obligatoire du masque, à Rome où les chiffres sont moins élevés qu'ailleurs, on vit comme si le COVID-19 n'existait plus. On va au café ou au restaurant, on se promène dans les rues, on télé-travaille partiellement, on s'invite entre amis, avec la seule contrainte de ne plus sortir tard le soir à cause du couvre-feu de 22 heures. D'ailleurs la plupart du temps, on rentre pour 19 heures parce qu'il fait froid dehors et que tout est fermé au-delà de cette heure.

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