Chronique romaine: Le loup et la brebis

Sous son aspect tranquille, la vie à la campagne est pleine de rebondissements, dignes d'un conte pour enfants. Hier, nos voisins Ettore et Gisela ont perdu une brebis, mangée par un loup. Ils ont retrouvé sa carcasse ce matin, à moitié dévorée par ce loup. Pour protéger leurs bêtes, ils doivent prendre de plus en plus de précautions et les enfermer à double-tour dans l'étable le soir, même pendant les grosses chaleurs des mois de juillet et août. Malgré cela, les loups réussissent parfois à s'emparer d'une innocente brebis.

Depuis quelques années, les éleveurs se plaignent du retour des loups dans la région. C'est même devenu un véritable cauchemar pour eux parce qu'ils s'attaquent principalement aux animaux d'élevage, plutôt que de rester dans les bois à chasser cerfs et sangliers. Dans la presse locale, il y a sans cesse des articles concernant l'intensification des dégâts causées par ces attaques, et des voix de plus en plus fortes qui se font entendre pour se débarrasser des loups. Surtout qu'à chaque perte, c'est toute une procedure vétérinaire et administrative qui se met en oeuvre. 

Pourtant le loup est une espèce protégée en Italie depuis les années 70. On ne peut pas le chasser. A l'origine, il vivait dans les forêts sur les flancs des Apennins dans la zones centrale de l'Italie qui comprend la Toscane, l'Ombrie et les Abruzzes. C'est une espèce plus petite que le loup commun, qu'on dénomme loup des Apennins (canis lupus italicus) et qui ressemble presqu'à un chien avec son pelage gris et fauve. Il fut presque décimé pendant la première moitié du 20ème siècle, jusqu'à ce que soit adoptée en 1973 la Convention de Washington pour la protection des espèces sauvages menacées d'extinction, dont il fait partie. Depuis, il est surveillé. Sa population est passée d'environ 250 loups dans les années 80 à 1.200 aujourd'hui. Comme tous les loups, il vit et agit en meute, avec des comportements qui lui sont propres et une très grande coordination.

Or, les attaques qui ne cessent de se répéter dans la Maremma et qu'on attribue aux loups, pourraient être causées par des chiens-loups, une espèce hybride provenant d'un croisement entre le loup des Apennins et des chiens sauvages. Ils se distinguent par leur comportement moins organisé et leur manque de coordination. Ils ne savent pas se limiter à leurs seuls besoins alimentaires et ont tendance à attaquer leurs proies de façon plus erratique. Souvent, ils abandonnent les carcasses à moitié dévorées, comme ça s'est produit chez nos voisins. Le sujet passionne ici, l'encre coule et les débats sont vifs: avons-nous affaire à des loups des Apennins ou à des chiens-loups? Le grand méchant loup n'a rien perdu de sa menace, il nous inquiète toujours.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.