L'agent immobilier

Après trois semaines de recherche et une tentative avortée au dernier moment, celle où les deux agents se disputaient le contrat, j'ai enfin trouvé un appartement à louer. Le marché de l'immobilier à Rome souffre aussi des effets du COVID-19, les prix ont baissé et tous les anciens airbnb (il y en a beaucoup) sont maintenant disponibles pour des locations transitoires meublées de 12 à 18 mois. Un marché soudain inondé à cause de l'absence de touristes. Les agents immobiliers, à l'affût du moindre contrat, mettent une pression folle sur les futurs locataires pour conclure les accords très vite. Oisifs depuis plus de trois mois, ils ont un besoin pressant de revenus. Ces agents sont pour la plupart des indépendants travaillant à leur compte en one-man-show avec très peu d'appartements à proposer. C'est une des spécificités de cette ville de ne pas avoir de grandes agences immobilières couvrant plusieurs quartiers, mais un grand nombre d'indépendants qui vivent plusieurs semaines d'une seule transaction. Un agent, un appartement, telle est la règle ici. En ce moment, la situation est difficile pour eux, surtout quand ils ont si peu d'aide de l'Etat. J'avais à peine signé l'engagement de location (et non le contrat lui-même) que l'agent immobilier m'envoyait déjà sa facture, dans une tentative désespérée d'être rétribué le plus vite possible. Ne voulant pas céder à la pression, je lui ai proposé un acompte et le solde à la signature du contrat, comme le veut la pratique habituelle. A Rome, on apprend à se méfier de tout et à faire les choses qui impliquent de l'argent en bonne et due forme. Je l'ai senti très nerveux à ma réaction, nerveux dans ses gestes et dans ses paroles comme quelqu'un qui a vraiment besoin d'argent et qui comprend qu'il devra attendre encore un peu.

 

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