Comme ce confinement nous donne le temps de réfléchir sur nos modes de vie, je me suis amusée ce matin à calculer mon empreinte carbone (sur footprintcalculator.org). Le résultat n'est pas brillant: avec ma façon de vivre, j'aurais besoin de 3,5 planètes. Et pourtant, j'ai l'impression de faire attention. Je n'utilise la voiture que pour sortir de Rome deux fois par mois en moyenne, je circule en vélo partout et occasionnellement en scooter quand la distance est plus longue. J'achète surtout des produits frais à kilomètre zéro au marché du coin, j'essaie de réduire au maximum les emballages en achetant riz, légumineuses et fruits à coque en vrac (c'est difficile, il y en a quand même pour beaucoup de produits). Nous consommons de la viande deux ou trois fois par semaine, et quand je peux je l'achète à la campagne car j'en connais la provenance. Mais ces petits efforts ne sont pas suffisants et je sais pourquoi. C'est à cause de l'électricité (à base d'hydrocarbures en Italie) et surtout des transports aériens que mon score est si mauvais. Je suis une grande voyageuse, je vis par le voyage et pour moi, c'est ce qui est le plus difficile à supprimer. Pour l'année dernière (année de base de mon test), j'ai compté environ 60 heures de vol dont la moitié étaient pour motif professionnel et donc mon gagne-pain (deux allers-retours Rome-Addis Abeba pour un projet de formation de journalistes). Les heures restantes sont la somme des vols entre capitales européennes pour rendre visite à ma famille (parents en France et filles aînées étudiantes dispersées dans différents pays) auxquels se rajoute un voyage culturel en Iran (Rome-Teheran via Istanbul 12 heures aller-retour). Les chiffres parlent d'eux-mêmes: ma vie s'est construite sur le déplacement. Si je devais supprimer les voyages non-professionnels, je ne verrais mes parents, mon frère et mes enfants que rarement car ils sont tous à au moins mille kilomètres de l'endroit où je vis. Ma génération a voulu contribuer à la construction européenne par des mariages mixtes, des expériences professionnelles dans d'autres pays et des enfants ouverts à toutes les cultures, aujourd'hui, nous sommes face à une nouvelle réalité: notre dispersement ne peut se vivre qu'à la condition de transports fréquents et donc notre modèle n'est plus viable pour la planète.
Le test sur l'empreinte carbone est assez basique, la plupart des questions tournent autour de la consommation d'énergie et des transports, rien sur les achats fréquents de biens courants, ni sur nos loisirs, ni sur le type de vêtements qu'on porte, qui est tout autant un problème avec tout ce qu'on sait sur le fonctionnement du fast fashion et de la mode jetable fabriquée sur d'autres continents, souvent dans des conditions humaines misérables. Alors je me suis amusée à refaire le test en répondant aux questions à l'extrême. Pour n'avoir besoin que de 0.7 planète et donc avoir un mode de vie qui protège l'environnement, je devrais être végane, vivre dans une petite maison en paille sans eau courante et utiliser zéro mode de transport, ni avion, ni train, ni voiture, ni transport en commun, uniquement mes jambes et ma bicyclette. J'aurais droit à l'électricité à condition qu'elle soit à 100 pour cent renouvelable. Comment faire pour y arriver?