Chronique romaine: entreprendre Rome

En une décennie, j'ai eu le temps de bien observer Rome et de tenter de la saisir (si on n'y arrive jamais), mais il y a certains aspects qui m'échappent toujours, comme le fait que rien ne tient sur la durée. J'ai vu des centres d'exposition ouvrir dans des palais pour fermer deux ans plus tard (la Villa Poniatowski à Flaminio), j'ai vu des centres culturels lancer de grandes initiatives jamais réalisées (le centre Sant'Ambrogio dans le Ghetto), j'ai vu des centres d'art contemporain prometteurs dans des espaces fantastiques refermer leurs portes après quelques années, je parle ici du Macro Testaccio dans les anciens abattoirs de Rome où l'expo de Christian Boltanski en 2006 devait symboliser la reconversion de cet espace à l'aube du 21ème siècle, j'ai vu un grand musée se construire (le MAXXI de Zaha Hadid) qui dix ans plus tard n'est qu'une coquille vide qui peine à attirer des visiteurs, je ne parle même pas des petits centres culturels, librairies spécialisées et autres initiatives qui ouvrent et ferment boutique à tour de bras. J'en suis arrivée à la conclusion que rien ne peut s'entreprendre à Rome. Pourquoi? Parce que tout a été construit déjà et qu'un passé trop lourd freine l'avenir? Ou est-ce simplement par manque de moyen et de soutien? Pour entreprendre, il faut aussi sentir un mouvement vers l'avant qui nous entraine dans son élan. Je n'ai pas la réponse, c'est pour ça que je me pose toujours la question. Ce que je sais c'est que de vouloir se lancer à Rome, on risque de donner beaucoup de son temps et de son énergie sans retour. Elle sera avalée par Rome. Peut-être que c'est de cette façon que la ville éternelle se nourrit? De la fatigue des êtres humains qui veulent être plus grands qu'elle.

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