My husband est reparti ce matin pour un mois, appelé à Genève pour monter une cellule d'urgence pour le transport humanitaire d'équipement médical, au cas où un foyer épidémique se déclarerait dans un pays d'Afrique. Son départ m'a donné l'impression qu'il partait vers le monde, à l'aventure, et que nous, on restait confinés dans un périmètre étroit. Il pouvait se déplacer en dehors de notre commune, aller à l'aéroport, prendre un avion, changer de pays, faire toutes ces choses ordinaires qui me rappelaient notre vie d'avant, celle de la libre circulation qu'on a si vite oubliée. Sur le vol opéré par Alitalia, il n'y avait que six personnes alors qu'il y a à peine six semaines, Easyjet remplissait encore ses avions. Arrivé en Suisse, pays pour lequel il lui a fallu obtenir un visa dans ce monde étrange du coronavirus, il devra se mettre en quarantaine volontaire pendant quatorze jours. C'est une fausse liberté qu'il a obtenu, il sera confiné lui-aussi dans des conditions plus solitaires, seul dans un airbnb d'emprunt. Dans l'élan de son départ, car tout départ provoque un bousculement d'énergie et la dynamisation d'un état statique, j'ai eu moi aussi envie de mouvement. Mais ce dernier ne peut être que virtuel par l'intermédiaire d'un écran qui fait voyager l'esprit alors que le corps reste immobile. Nous ne sommes plus un, nous sommes scindés en deux . Dans mon voyage virtuel, je suivais les nomades Bakhtiari dont je parlais hier, mais je ne pouvais pas marcher.
Billet de blog 22 avril 2020
Chronique romaine: s'envoler
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