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Journaliste, auteure et grande voyageuse, j'ai adopté plusieurs langues et cultures. L'itinérance est devenue mon mode de vie et la source de mon écriture.

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Billet de blog 24 mars 2020

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Chronique romaine: par la fenêtre

Quand on en a assez de l'intérieur, on regarde par la fenêtre...

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Dans la mécanique du confinement, on finit pas se lasser des auto-analyses de soi-même, de son couple et de sa famille et on commence par regarder par la fenêtre, ou alors on fait comme Xavier de Maistre dans son Voyage autour de ma chambre, on laisse l'esprit s'évader à travers les murs à défaut d'évasion du corps. Comparé à notre appartement à Rome dont la plupart des fenêtres ouvrent en vis-à-vis sur le mur d'en face (une vue assez déprimante quand le mur est à moins de 5 mètres) sauf pour celle du salon qui donne sur la rue, notre maison est pleine de baies vitrées tournées vers les quatre points cardinaux. Finalement, il faut toujours privilégier la chambre avec vue...

 Coté Est au soleil levant, nous avons une vue assez carte postale du village auquel nous sommes rattachés. C'est un vieux village médiéval typique de l'Italie centrale, perché sur une colline avec une tour carrée et une forteresse au sommet, occupée aujourd'hui par la mairie. Il n'est pas vraiment touristique mais plutôt rural avec sa population d'éleveurs de brebis et sa coopérative de fromage. C'est aussi un village qui vit par lui-même et où l'on sent une activité économique pérenne. Les gens mangent bien et font attention à ce qu'ils achètent, à en juger par les produits locaux et bio vendus à la Coop. La boucherie est de qualité, le boucher élève lui-même les bovins et fabrique son jambon fumé et il ne vend que du vin produit dans la région dont le cépage est le Morellino. Nous sommes dans la Maremma, cette région vallonnée à prédominance agricole du sud extrême de la Toscane, presque à cheval sur le Latium. Rome est plus proche que Florence. Les gens ici produisent aussi leur huile d'olive mais n'ont pas de frantoio au village, ils vont un peu plus loin pour faire presser leurs olives. En continuant coté Est vers le centre du pays, on arrive au lac de Bolsena, un des lacs volcaniques du centre de l'Italie qui fait pendant au lac Trasimène de l'autre coté de l'autoroute A1 en Ombrie. Nous y allons rarement, je ne suis pas une passionnée des lacs. Du même coté mais un peu plus au Nord, sur la route départementale qui conduit à Sienne, on arrive au Monte Amiata, seule montagne de la région à une altitude d'un peu plus de 1000 mètres, où il y a une petite station de ski. Elle n'est pas toujours ouverte vu qu'il ne neige pas systématiquement en hiver. Nous n'y sommes jamais allés encore, c'est à environ deux heures de route, nous n'avons jamais assez de temps ici pour faire ce genre d'excursion. Lors de nos séjours dans cette maison, nous nous contentons de faire du bricolage, du nettoyage et des petits travaux de maintenance quand il est déjà temps de repartir. Ce confinement nous donne enfin le loisir d'y faire un séjour prolongé mais malheureusement pas la possibilité d'en explorer les alentours, alors il nous reste nos fenêtres. Depuis chez nous, les contours du village sont très précis. On aperçoit bien les maisons les plus anciennes en tufo sur la partie la plus haute, puis les immeubles et maisons construits plus récemment (dans les 50 dernières années) en contrebas. Ici, le village a gagné du terrain en descendant sur les flancs, mais sa ligne reste harmonieuse. La région autonome de la Toscane est très stricte sur les règles de construction, elles doivent respecter le style traditionnel. La nuit, il est joliment illuminé et la présence de cette lueur me rassure. Il est presque plus gai de loin que vu de l'intérieur. Entre le village et nous, il y a quelques maisons éparpillées, placées en général en hauteur ou sur le sommet d'une des collines. La plupart sont des fermes toujours actives ou transformées en Agriturismo, c'est à dire, en activité réduite mais avec des logements pour touristes (et un diplôme d'agriculteur  obligatoire qui leur confère le titre d'agriturismo). Sur la colline d'en face, nous avons de nouveaux voisins que nous n'avons pas encore rencontrés: un couple d'hommes norvégiens dont l'un travaille à Rome et l'autre est écrivain, installé dans la maison. Ils sont là depuis environ un an, et la fois où j'ai voulu leur rendre visite pour me présenter, ils étaient absents. Ils le sont aussi en ce moment, de ce qu'on m'a dit, bloqués en Norvège à cause de la pandémie. En contrebas de leur maison, il y a aussi un nouveau B&B tenu par une jeune femme milanaise, très avenante, qui a lâché la ville pour la campagne dans un changement radical de vie. Elle y vit avec son boyfriend et loue quatre jolies chambres pour faire tourner sa maison, dans laquelle elle a consacré une pièce entière à une palestra privée ou salle de gym, sa passion. Le matin, elle travaille au centre de fitness du village. Je la rencontre très rarement, uniquement quand je m'arrête expressément chez elle. Jusqu'à présent, sa location de chambres marchait très bien, même en hiver où elle faisait le plein tous les weekends. Cette épidémie va beaucoup l'affecter, au moins pour la saison qui arrive.

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