Notre internet en réseau 3G s'est interrompu pendant une dizaine de minutes, ce qui a suffit à provoquer une crise de colère de panique chez mon fils de 14 ans. Sans internet, il n'y arrive pas. L'eau et la nourriture ne le préoccupent pas (c'est mon job), c'est la perspective de ne plus avoir de gigabytes qui le met en état de manque. Il passe effectivement sa journée en ligne assis devant l'ordinateur de 9 heures du matin jusqu'à 18h ou 19h, seul dans une pièce aménagée à cet effet, sans rien faire d'autre à part une pause déjeuner à 12h30 précises. Il n'a aucune autonomie dans son emploi du temps avec un rythme calqué sur ses journées scolaires alors qu'on est en situation d'urgence. J'espérais que ce confinement puisse être une occasion pour lui aussi de repenser ses horaires et de vivre ses journées autrement, il n'y arrive pas, le système scolaire est trop fort. Je dois même le pousser pour sortir faire deux pas.
Peut-être qu'il fait trop froid. Depuis trois jours, la température a chuté (3° la nuit, et autour de 12° la journée) et le vent s'est levé. Sur notre colline, on a par moment l'impression d'être sur les Hauts de Hurlevent, tellement le vent est sonore. Il siffle à travers la porte à peine entrouverte et renverse tout sur son passage: la brouette restée dehors, la pelle, le râteau, les chaises de jardin métalliques. Il emporte tout mais il nettoie tout aussi, parce qu'avec le vent rien ne stagne. Une des théories sur la pandémie dit que le coronavirus est prédominant dans la plaine du Pô à cause du climat et de sa position géographique en cuvette. La pollution est élevée et l'air ne circule pas assez pour se débarrasser des virus d'où le foyer infectieux alarmant. Au sud par contre, et le long du littoral, l'air est plus sain et donc le virus se propage moins vite. C'est une théorie assez ancienne, s'applique-t'elle au coronavirus, je ne sais pas.
Le vent qui souffle aujourd'hui vient des Apennins à l'est, c'est la fameuse Tramontana, ce vent glacial et transperçant qui souffle à travers les montagnes. Toute la végétation s'y plie, on ne peut pas lui résister. D'ailleurs, plus personne n'est dehors, les quelques voitures qui circulaient encore (je les vois sur la route en contrebas depuis la fenêtre du premier étage) se sont arrêtées depuis le dernier décret du gouvernement qui interdit maintenant toutes les activités professionnelles non vitales. Les travaux en cours autour de chez nous, notamment la piscine en construction chez nos voisins norvégiens, sont suspendus depuis deux jours. C'est tellement calme qu'on n'entend plus que le vent.