Chronique romaine: à la pénible recherche d'un appartement

C'est pénible, fatigant, démoralisant, et pourtant il faut passer par là.....Je ne connais pas une seule grande ville où la recherche d'un appartement à louer est une partie de plaisir et Rome n'échappe pas à la règle. On perd du temps à faire des recherches en ligne au point d'en avoir les yeux épuisés de voir défiler des photos de cuisines sur écran, une fois la sélection faite, on imagine les appartements sur la base des plans et photos consultés et inévitablement, on est déçu au moment de la visite. On a un coup de déprime et on se reprend parce qu'il faut recommencer le lendemain, et le surlendemain et encore le surlendemain jusqu'à ce qu'un endroit adéquat se présente. J'en suis là dans mes recherches, j'ai des visites prévues pour demain et je me dis d'avance que ça n'ira pas, ainsi j'anticipe ma déception et j'en prends le contrôle.

A Rome, ces recherches sont d'autant plus difficiles que le marché de la location manque de grandes agences immobilières avec pignon sur rue. Le ratio agence-appartement est presque paritaire; quand on parle d'agence ici, on se réferre à  des individus indépendants enregistrés comme auto-entrepreneurs qui ont sur leur registre un ou deux appartements appartenant à des propriétaires qu'ils connaissent personnellement. Il y a quand même une ou deux agences de taille sur la place de Rome qui s'occupe de l'immobilier professionnel et privé de luxe mais depuis quelques années, elles sont concurrencées par des nouveaux-venus de l'étranger dont l'américain Remax et l'allemand Engel&Volkers. Ces derniers mènent une politique commerciale hyper aggressive sur le marché immobilier toutes catégories (surtout la moyenne), en misant sur une plus grande visibilité et un investissement marketing. On ne voit plus qu'eux y compris sur les premières pages des moteurs de recherche. Ils sont d'autant mieux placés pour avaler tous les petits indépendants dont le modèle économique est soudain remis en cause. J'ai une aversion personnelle à l'égard de ces requins du marché alors quand je vois leurs annonces, je les élimine d'office (surtout qu'ils n'ont même pas les meilleures locations sur leur book).

Depuis la crise du COVID-19, de nouvelles offres de location assez bon marché mais à court terme sont aussi apparues: ce sont les meublés airbnb offerts pour des périodes transitoires de 12 à 18 mois. Ils ont tous le même style (un mélange Ikea et maisons du monde) avec des salles de bain haut-de-gamme qu'on fournit avec des produits de bain naturels, en accord avec le look d'usage sur airbnb. Je les reconnais tout de suite sur les moteur de recherche. J'en ai visité quelques uns dans le centre (via dei Coronari) par curiosité , ils avaient tous la même ambiance morne de chambre d'hotel vide. Sans l'afflux habituel de touristes, il sera difficile de les remplir dans les prochains mois, surtout qu'il y en a tellement dans le centre historique que les véritables résidents ont migré vers d'autres quartiers.  Il reste les voyageurs professionnels qui doivent faire des séjours de longue durée, si eux pourront se déplacer. Sur le plan économique, les effets de cette crise sont encore à venir ici. 

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