Cette épidémie de coronavirus change avant l'heure notre rapport à l'intime et bouleverse déjà nos coutumes les plus sacrées. C'est à travers une photo de son corps, étendu à la morgue, que la famille a fait ses derniers adieux à Lubin. Cette photo a été envoyée à ses grands-parents, eux-même dans l'incapacité de se déplacer à l'autre bout de la France, qui l'ont transmise via Messenger ou email au reste de la famille.
La force de cette image montrant son corps étendu sur un lit médical, entouré de sa mère et de ses deux soeurs, le féminin de sa vie. Une pietà, comme celle de Michel-Ange à St-Pierre, ou la tragédie immémoriale de la mère portant son fils défunt. On ne les voyait pas, on les devinait seulement par leurs trois mains caressant ou reposant sur son corps dans un dernier adieu. Ces mains s'effleuraient, unies qu'elles étaient par l'immense douleur de sa disparition soudaine. Il était très beau, le visage lisse et paisible, et les yeux fermés comme s'il était endormi. Il avait les cheveux abondants et la barbe naissante d'un jeune homme de 16 ans, et portait un gilet Adidas blanc et bleu à col relevé comme les jeunes gens de son âge, qui faisait encore plus ressortir son visage juvénile. Même si la vie l'avait quitté, il était encore là pour ses proches, dans un état suspendu où le temps n'existe plus, entre l'avant et l'après lui.