Du coté Nord, où se situe l'entrée de notre maison, la vue est légèrement obstruée par un champs incliné où viennent paitre les brebis de notre voisin, Ettore. Si ce n'était pas pour ces brebis, la vue serait sans intérêt. Un champs couvert d'herbe à brouter, sans un arbre pour lui donner du relief. Une petite partie nous appartient et on pense y planter des oliviers, mais nous sommes indécis sur le sujet, ce qui n'est pas une bonne chose à la campagne où l'on dit que le meilleur moment pour planter un arbre, c'était hier.
Au loin, sur une autre colline se situe la ferme de Luigi et Emanuele, une famille d'éleveurs de père en fils. Ils habitent tous ensemble, le fils, Emanuele et sa famille d'un côté, son père Luigi et sa mère de l'autre côté. Les fermes de la Maremma sont des bâtiments tout en longueur qui permettent facilement l'aménagement de deux appartements séparés et indépendants, avec l'habitat au premier étage et les pièces utilitaires au rez-de-chaussée. Ici, on vit encore en famille, plusieurs générations sous le même toit, comme on vivait au siècle dernier. Je n'ai jamais visité leur ferme (ils sont un peu loin à pied), mais je les ai rencontrés chez nos voisins éleveurs, Ettore et Gisela, ceux qui ont la ferme la plus proche de chez nous. Ce jour là (c'était un dimanche matin), ils avaient braconné un sanglier qu'ils étaient en train de dépecer lorsque nous sommes arrivés. Ils l'avaient chassé tôt le matin tous les trois, le père, Luigi, son fils, Emanuele, et notre voisin, Ettore, et ils se partageaient les morceaux. Le sanglier était accroché par ses pattes arrières dans la cour, la tête en-bas, le sang coulait encore, et ils lui avaient tranché l'abdomen pour en sortir les viscères qui gisaient sur le sol. A présent, ils découpaient les muscles pour en faire des gigots et des entrecôtes tandis que le coeur et les poumons, que l'on distinguait bien avec notre connaissance limitée d'anatomie, étaient jetés parmi les intestins. Mes enfants qui m'avaient accompagnée, comme souvent quand j'allais rendre visite à Ettore et Gisela, observaient attentivement la scène qui les intéressait beaucoup sans les dégouter pour autant. Ils cherchaient à repérer les différents organes et posaient maintes questions sur l'utilisation précise des parties de viande. Les chasseurs leur répondirent que la viande serait mangée en steak ou en sauce et que les abats seraient jetés dans la nature pour nourrir les renards. La viande de sanglier est très commune en Toscane, elle fait même partie de la nourriture de base avec le pappardelle al cinghiale, l'arrosto di cinghiale, le salsicce di cinghiale, elle se trouve très facilement chez tous les bouchers de cette région, où les sangliers, très nombreux, sont régulièrement chassés pour les empêcher de faire des dégâts aux cultures.