Nous venons de nous faire livrer du gaz, la cuve s'est vidée vendredi soir et nous avons dû faire sans pendant trois jours, le temps de passer la commande après le weekend. Le gaz étant un bien de première nécessité, les fournisseurs travaillent toujours pendant la période de quarantaine. Pour cuisiner, il nous restait le four électrique et la bouilloire pour chauffer de l'eau, quant à l'eau chaude des salles de bains, nous avons des panneaux solaires. Des conditions qui demeuraient très confortables. Mon petit souci était alors de pouvoir faire du café (nous sommes assez addict dans la famille) sans cafetière et sans Nescafé; ce fut possible en appliquant une méthode traditionnelle utilisée en Ethiopie, le pays du café, à savoir une simple infusion de poudre de café dans de l'eau bouillante (le marc se dépose naturellement au fond du pot). C'était assez bon et plus léger qu'un café fait sous pression.
Ici en pleine campagne, nous utilisons du Gaz de pétrole liquéfié (GPL) également connu sous le nom de butane, pour nos besoins domestiques. Quand nous avons colonisé cet endroit en construisant notre maison au milieu des champs (devenu possible par un décret municipal qui ouvrait une vingtaine de terrains agricoles à la construction), nous y avons mis en place les infrastructures, donc l'eau avec des citernes de stockage, l'électricité en tirant un fil et le gaz avec une cuve de GPL, grande invention du 20ème siècle. Ce GPL est un dérivé de pétrole brut, il est qualifié d'hydrocarbure léger parce que, dans un baril raffiné, il flotte au-dessus des autres produits pour utiliser une image simple. Dans les couches suivantes du processus de raffinage, du léger au lourd, arrivent l'essence (pour les moteurs à explosion), le gasoil et le kérosène (pour les avions) et enfin le fioul lourd utilisé par les centrales électriques. Le GPL est stocké sous forme liquide et passe à l'état gazeux lors d'un changement de température au moment de son utilisation. Lorsqu'on allume le gaz pour le faire sortir de la cuve, on provoque le refroidissement qui le fait changer d'état.
Une fois qu'une technologie existe, il n'y a plus de retour en arrière, on ne sait plus s'en passer. Elle contribue au changement du monde et celui qui s'y oppose va contre le mouvement et donc ne vit pas avec son temps. Ce n'est pas forcément un mouvement linéaire en avant vers un progrès inéluctable, c'est un mouvement dont on ne distingue pas la forme parce qu'on en fait partie. Ainsi, avec toutes nos tentatives d'être écologiques, nous ne le sommes pas parce que nous avons ramené l'industrie avec nous: nous utilisons du gaz produit par une raffinerie, de l'électricité très certainement produite par une centrale thermique (principale source d'électricité en Italie) ou importée d'une centrale nucléaire française, et de l'eau livrée par camion (l'eau de pluie ne suffit pas en été). Nous pouvons nous dédouanés en avançant que nous avons des panneaux solaires sur le toit, mais leur apport n'est pas à la hauteur de ce que nous consommons. Les panneaux photovoltaïques qui eux génèrent de l'électricité contrairement aux panneaux thermiques qui ne font que chauffer de l'eau, n'étaient pas envisageables au moment de la construction à cause de leur coût exorbitant, mais la situation a changé ces dernières années et les kits de production autonome seraient devenus plus accessibles, à nous de nous y mettre.