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Billet de blog 7 janv. 2022

Le secteur social et médico-social est en danger grave et imminent !

Nous demandons que les conditions d’accueil des publics fragiles et les conditions de travail des salariés du secteur social et médico-social soient déclarées GRANDE CAUSE NATIONALE.

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La crise épidémique a mis en évidence l’impérieuse nécessité et l’indispensable utilité des salariés du champ social et médico-social. Nous sommes agents de service intérieur, ouvriers d’entretien, éducateurs, personnels de soins, psychologues, orthophonistes, kinésithérapeutes, etc. mobilisés pour soigner et accompagner les plus fragiles, les enfants et les adolescents en danger mais aussi les enfants, les adolescents et les adultes en situation de handicap.

Pour autant, depuis plus de 20 ans, nous sommes également des salariés méprisés, exploités et oubliés par la société. Nous en avons assez d’être les laissés pour compte d’une société où pendant que le patrimoine cumulé des 500 plus grandes fortunes de France a augmenté de 30% en un an, la valeur du point d’indice de notre convention collective n’a augmenté que de 2 centimes depuis février 2019 et seulement de 42 centimes depuis le 1er janvier 2000 ! En effet, la valeur du point est passé de 3,40 euros en 2000 à 3,82 euros en 2021 !

Ainsi, alors que le SMIC brut a augmenté de 46,83% entre 2000 et 2021, la valeur du point d’indice de notre convention collective n’a augmenté que de 12,35%. A titre d’exemple, en 2000, un agent de service intérieur (plus bas salaire de la convention collective du 15 mars 1966) était rémunéré en début de carrière 8,76% au-dessus du SMIC. Aujourd’hui, la grille salariale n’ayant pas évolué et avec la valeur du point d’indice de la CC66, le salaire conventionnel d’un agent de service intérieur en début de carrière est de -19,22% au-dessous du SMIC. De plus, le même agent de service intérieur avec 10 ans d’ancienneté gagnait en 2000 un salaire de 22,15% au-dessus du SMIC. Aujourd’hui avec 10 ans d’ancienneté, le salaire conventionnel de cet agent de service intérieur est au-dessous du SMIC de -1,73%. Il faut donc plus de 10 ans d’ancienneté pour que le salaire conventionnel d’un agent de service intérieur rattrape le SMIC. Des primes et des indemnités différentielles permettent l’alignement au taux du SMIC de ces salariés mais qui devront travailler plus de 10 ans sans espoir d’évolution de salaire que le seul SMIC. En outre, ce métier est généralement occupé par des femmes, souvent à temps partiel. Nous ne pouvons nous résoudre à la précarité dans laquelle elles se trouvent. Ce glissement se reproduit à l’identique sur toutes les grilles salariales de la convention collective de 1966.

Aujourd’hui le secteur social et médico-social n’en peut plus. En plus des conditions de rémunération indécente, nos conditions de travail ne cessent de se dégrader. Les injonctions des financeurs à exiger plus d’activité avec moins de moyens deviennent insupportables : des enfants en danger sont laissés sans prise en charge, des personnes en situation de handicap n’ont plus de réponse à leur droit à la compensation dont, des années d’attente pour avoir une place en institution spécialisée. Aussi, de plus en plus de salariés engagés et volontaires finissent par « jeter l’éponge », principalement en raison de la perte de sens de leur métier et se détournent de notre secteur. Les employeurs, pour la plupart des associations, n’arrivent plus à recruter. Le nombre de poste vacant ne cesse d’augmenter sans aucune perspective de recrutement. La charge de travail reste sur les salariés encore en poste qui finissent également par craquer. Le nombre d’arrêts maladies explosent dans nos établissements. Nos collègues sont de plus en plus nombreux à être en situation d’épuisement professionnel et la réponse des employeurs se traduit par des demandes de contrôles renforcés de ces arrêts maladies. Ce qui est un comble puisque nous savons que ce sont les choix de gouvernance de nos employeurs qui, en grande partie, ont engendré la détérioration de nos conditions de travail.

L’arrivée dans le secteur médico-social de la réforme Sérafin-PH, avatar de la tarification à l’acte dans les hôpitaux ne va pas améliorer nos conditions de travail, bien au contraire. Dans nos établissements, certaines directions commencent déjà à chronométrer le temps passé avec les personnes en situation de handicap : le temps d’une toilette d’une personne polyhandicapée, c’est combien ? Le temps pour aider un résident lourdement handicapé à manger, comment s’évalue-t-il ? Combien de temps nous donnera-t-on pour consoler un enfant en détresse ?

Les employeurs de nos secteurs ont communiqué le mois dernier par voie de presse pour réclamer l’extension du Ségur de la santé à toutes les professions du social et du médico-social. Nous regrettons toutefois qu’ils n’aient été pas plus loin dans leurs revendications, car il est illusoire de croire qu’une prime ponctuelle limitée à 183 euros réglera à elle seule les importantes difficultés auxquels notre secteur est aujourd’hui confronté et notamment sur l’attractivité de nos métiers. Nous considérons donc cette revendication insuffisante ; en effet, l’intégration d’une augmentation nette de 300 euros sera le préalable à un accord unanime avec l’ouverture de négociations relative à une convention collective unique de haut niveau. Au surplus des revendications salariales, nous promouvons en permanence des conditions de travail décentes et par déclinaison, une prise en charge de qualité des personnes accompagnées.

En effet, avec AXESS, qui est le représentant des organisations professionnelles des employeurs du secteur sanitaire, social et médico-social privé à but non lucratif, les négociations au niveau national sur la refonte des conventions collectives de nos secteurs se trouvent être en opposition avec les prises de positions des employeurs de notre région. Aucune avancée, aucune proposition concrète qui répondrait à la déliquescence de nos métiers n’est apportée. AXESS voudrait négocier une convention collective unique avec très peu, voire aucun droit issu des conventions actuelles.

Nous invitons les employeurs s’étant mobilisés le mois dernier à faire preuve de congruence en rejoignant les mobilisations à l’appel des collectifs de travailleurs sociaux et des syndicats, le 11 janvier 2022, pour une grande mobilisation de notre secteur. Cette mobilisation fait suite à plusieurs autres durant l’année 2021 dont la mobilisation du 7 décembre dernier où plusieurs dizaines de milliers de travailleurs sociaux ont manifesté partout en France. Nous étions plus de 2000 à Marseille. De façon inédite, la colère monte dans nos établissements et bien au-delà des organisations syndicales, de nombreux salariés se sentent en phase avec ces mobilisations.

  • Nous demandons la fin du gel de la valeur du point de la convention collective de 1966. Pour s’aligner sur l’évolution du SMIC depuis l’an 2000, il faudrait revaloriser la valeur du point à 4,98 euros au lieu des 3,82 euros actuellement. Nous revendiquons immédiatement une augmentation du point d’indice à 4,80 euros (soit en moyenne 300 euros/mois) et un plan de rattrapage pour nos salaires.
  • Nous demandons l’abandon de la réforme Sérafin-PH dans le secteur médico-social, et donc l’abandon de la tarification à l’acte. L’accompagnement des personnes en situation de handicap ne saurait devenir un business chiffrable et quantifiable. En effet, le secteur privé à but lucratif est déjà en train de calculer les marges qu’ils pourront obtenir pour leurs actionnaires grâce à ce nouveau dispositif.
  • Nous demandons une convention collective unique de haut niveau dans laquelle seraient préservés et étendus les conquis sociaux tels que les congés trimestriels, les congés d’ancienneté, le maintien du salaire lors des arrêts maladies dès le premier jour. etc. …
  • Nous demandons des conditions de travail dignes pour tous les salariés. En effet, des salariés paupérisés et souffrant de maltraitance institutionnelle ne pourront accompagner dans de bonnes conditions des publics fragiles ou en situation de handicap.
  • Nous demandons que le champs social et médico-social soit déclaré grande cause nationale, tant pour les personnes accueillies que pour les professionnels, par les candidats à l’élection présidentielle et que cette grande cause nationale soit clairement inscrite dans le programme de chaque candidat.

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