CODE DU TRAVAIL: une casse déjà bien engagée

Le droit du travail subit des attaques depuis plusieurs années mais avec l'accession de Macron au pouvoir les choses s'accélèrent. Un bref retour sur les travaux et poncifs dominants et une analyse succincte permettent néanmoins de comprendre que si rien n'est joué tout va se dessiner pour l'avenir dans les prochaines semaines.

Depuis plusieurs mois une succession de rapports sur le droit du travail (rapport Combrexelle, rapport Mettling, opuscule Badinter-Lyon Caen), fortement médiatisés, instillent dans l'opinion une doxa bien rodée: le droit du travail est une des causes essentielle du chômage de masse. Un ouvrage est particulièrement éclairant sur la voie choisie par les puissants pour continuer à accumuler de larges profits en étouffant toute contestation, il s'agit du rapport rédigé en 2015 par Gilbert Cette et Jacques Barthélémy pour le compte de Terra Nova et qui peut être consulté ici. Certaines des incantations développées par les auteurs ont déjà été reprises dans la loi El Khomri. Macron, monarque en CDD renouvelable, a cité ces auteurs à plusieurs reprises comme une source de ce qu’il souhaite faire dans sa « réforme » annoncée du code du travail.

La vision très économique « mainstream » du rapport ne laisse que peu de place au social et à la protection des salariés. Politique des petits pas et changement de paradigme, le droit du travail qui est de moins en moins un outil de protection des travailleurs deviendra à coup sûr un cadre de plus en plus protecteur du marché. En somme vive la loi du marché où les individus sont réifiés en véritables choses substituables et malléables, où la nature est un réservoir inépuisable et où la science et la technique sont censées résoudre tous nos problèmes. Nulle doute que la richesse ainsi créée sera captée par un petit nombre qui se joue bien des règles communes, par le jeu de la mise en concurrence des systèmes juridiques, et ce, au détriment du plus grand nombre. Ces politique permettront vraisemblablement une baisse significative du chômage mais à quel prix ?

La réponse est à portée de main et se déduit des expériences allemande, anglaise et américaine qui ont suivi le même chemin : conditions de travail dégradées, protection sociale affaiblie, sens donné à son travail inexistant, petit boulot précaire et SMIC à vie. Le mantra de ce genre de politique étant que chacun devienne l’entrepreneur de lui-même et s’adapte en permanence aux exigences du marché et des consommateurs à la recherche du meilleur prix. Et tant pis si les risques psychosociaux se généralisent, car reconnaissons-le dans une guerre, fût-elle économique, il y a toujours des victimes.

Autre point très discutable du rapport.: les auteurs encensent la négociation d’entreprise qui serait le Graal permettant un dialogue social de qualité et une focale indispensable pour permettre aux entreprises de s’adapter à leur environnement. S’agit il d’une mauvaise blague ? L’entreprise existe de moins en moins dans la réalité. L’organisation des groupes et les rapports entre donneur d'ordre et sous-traitants dans la chaine de création de valeurs rendent le pouvoir réticulaire et les centres de pouvoir diffus. Le chef d’entreprise est soumis à des forces extérieures et il décide de moins en moins de son avenir qui est aux mains des donneurs d’ordres, des organes de décision du groupe de sociétés ou de franchisés. Pour régler ces rapports il faudrait élaborer des conventions collectives commerciale pour protéger les petites entreprises de l’appétit des grands groupes qui pressent et compriment les collectifs de travail qui participent à la création de valeur. Il me parait improbable de donner aux acteurs de terrain les outils pour se tirer une balle dans le pieds en s’auto-exploitant et en essayant d’anticiper le comportement que l’on attend d’eux pour éviter la fermeture ou la délocalisation de leur outil de travail par un chantage à l’emploi afin qu'ils acceptent de rogner sur de prétendus avantages qu’ils doivent sacrifier.

Ce que souhaitent les puissants est que la négociation collective permette d'aboutir à des accords offensifs de compétitivité et que les syndicats acceptent de signer un accord permettant à l'employeur de faire travailler plus longtemps les salariés pour le même salaire (travailler 39 heures payées 35 heures par exemple) avec pour seule contrepartie que l'entreprise ne ferme pas dans les 5 ans ou qu'elle investisse, le plus souvent avec l'aide de l'état et des collectivités territoriales, un peu mais pas trop dans les moyens de production. N'oublions pas qu'avec la financiarisation de l'économie, l'horizon et la temporalité sont ramenés à leur plus simple expression.....

Car il faut bien comprendre que depuis la création de l'euro, la seule possibilité de dévaluation passe aujourd'hui par la dévaluation compétitive, par la baisse du "coût du travail", pour piquer des parts de marché à ses voisins... et comme tout le monde fait la même chose, le résultat mène au moins disant social et à la compétition généralisée.....

Mais nous avons bien évidemment les politiques qui nous ressemblent et c’est bien triste....Et si au lieu d’être de simples consommateurs nous prenions conscience que nos choix individuels ont des conséquences collectives alors peut être pourrions-nous devenir de véritables ConsomActeurs et faire évoluer les rapports de force et maitriser, voire dominer, les forces économiques qui jouent sur nos désirs, nos passions tristes et notre égoïsme.

L'idéal serait de forger une coopération au niveau européen et non de croire à l'harmonie de la main invisible du marché mue par la seule concurrence mortifère de la compétitivité coût... une chose est sûre la marche arrière est bien enclenchée et les semaines à venir seront décisives pour stopper ce mouvement destructeur ou l'accélérer vers un futur plus qu'incertain.....

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