Alain SUPIOT un illustre inconnu?

Laurent MAUDUIT a publié un papier sur Alain SUPIOT, le grand juriste et penseur de notre temps, trop injustement méconnu à mon avis, qui vient de quitter la chaire qu'il occupait au Collège de France. L'article de Laurent MAUDUIT est donc le bienvenu....

Le papier de Laurent MAUDUIT (consultable ici) met en lumière le travail d'envergure mené par Alain SUPIOT depuis plusieurs décennies . Le professeur SUPIOT est un grand penseur de la tradition juridique et même bien au-delà de ce seul champ. Ces analyses pointues sont d'une rare profondeur. Je ne peux que conseiller de lire sa critique du droit du travail, Homo Juridicus ou la gouvernance par les nombres, 3 ouvrages difficiles à appréhender mais au combien stimulants et qui sans nulle doute feront date dans l'histoire de la pensée. L'esprit de Philadelphie est vraisemblablement un ouvrage plus accessible pour les non juristes Il reste également possible de consulter les pages internet du Collège de France (aujourd'hui sous l'onglet professeur honoraire) qui lui sont associées et plus particulièrement de découvrir les conférences qu'il a pu organiser.

Personnellement Alain SUPIOT a changé ma perception et m'a fait découvrir des auteurs auxquels mon histoire personnelle ne me prédestinait pas, à l'instar de Pierre LEGENDRE. On peut critiquer ce dernier sur bien des aspects mais sa pensée est stimulante et permet de sortir de la zone de confort dans laquelle on a parfois tendance à s'enfermer.

Pour finir je citerai les propos  tenus par Alain SUPIOT au Collège de France lors de sa dernière conférence et qui permettent de saisir, me semble-t-il, la grande clairvoyance d'une personne lucide sur son temps et sur elle-même:

"Les universitaires sont souvent affectés de ce qu'on pourrait nommer le syndrome de Joséphine. Joséphine la cantatrice des souris  mise en scène par KAFKA dans son ultime récit. Ce syndrome consiste à prendre pour un chant unique en son genre ce qui n'est au fond qu'un couinement assez ordinaire. Émettant moi moi-même depuis trop longtemps des couinements de ce genre, j'ai de la sympathie  pour Joséphine lorsqu'elle revendique le droit de ne pas travailler comme tout le monde. Mais le peuple des souris a raison de lui refuser ce privilège car dans une société juste, chacun doit avoir sa part et ses joies de la peine du travail. Les peines du reste ne seront pas éternelles puisque avec le temps, ce sont les dernières lignes de cette ultime récit de KAFKA et ce sont aussi les miennes, puisque avec le temps Joséphine connaitra,je cite:" une deuxième délivrance en disparaissant dans l'oubli avec tous ses frères". Je vous remercie de votre attention...."

Merci Monsieur SUPIOT pour votre travail et votre œuvre monumentale . J'espère que vous continuerez à intervenir dans l'espace public car votre parole est précieuse.....

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