Non a la campagne d'expulsions de travailleurs immigres africains des foyers ADOMA

ADOMA, gestionnaire de foyers de travailleurs migrants devenus résidences sociales, et filliale de CDC-HABITAT, et donc de l'État, expulse sans pitié des travailleurs migrants en Seine-Saint-Denis parce qu'ils accueillent leurs proches. Le COPAF membre de la Fédération DAL réagit contre ces expulsions à l'approche de la trêve hivernale, et en pleine recrudescence de l'épidémie.

-Communiqué du Copaf (Collectif Pour l'Avenir des Foyers), le 13 octobre 2020-

Mardi 13 octobre 2020 au matin : le personnel du bailleur ADOMA CDC-HABITAT se rend dans le foyer/résidence sociale de Pierrefitte, 2 avenue Louise Maury à côté de l'ancien foyer Lénine. Pour enfin, après leur quasi disparition depuis le début du confinement, se soucier enfin des résidents, se concerter avec les délégués sur leurs revendications, ouvrir la salle de réunion / salle à manger jamais ouverte malgré les promesses depuis l'emménagement ?? NON, c'est pour fermer, accompagné par les forces de police de M. le Préfet de Seine-Saint-Denis, les petits studios de Ladji SYLLA (chA124), de Boubalé TRAORE (ch A321) des frères DJIKINE, fils de Salimou Djikiné (ch A 320) et de Moussa SY (ch A120) et expulser tous les occupants de ces studios. Idem dans le 2ème foyer /résidence sociale de Pierrefitte situé 118 rue d'Amiens, tout près des Archives nationales.Trois personnes du foyer « Pavé d'Amiens » dont M. Mamadou SACKO sont également expulsés ces derniers jours.

A quoi correspond cette déferlante d'expulsions, de mises à la rue juste avant la trêve hivernale ? Pour l'essentiel, Adoma expulse des locataires coupables de pratiquer le « l'habitat solidaire » dont Adoma se targue sur la page d'accueil de son site web. En effet, ils accueillent chez eux des membres de leur famille, des voisins de leur village qui, autrement, seraient à la rue. Chez les frères Djikiné, fils de Salimou Djikiné, décédé au mois de décembre, il ne s'agissait même pas d'attendre leur procès qui est fixé pour le 16 novembre 2020. On lesexpulse par avance, en prétextant que ce sont de vulgaires squatteurs sans le droit même de se défendre devant un juge. Pourtant, dans les HLM, lorsqu'un parent titulaire du bail meurt, il y a des possibilités de faire passer le bail au nom du membre de la famille qui lui succède.

Au foyer, les résidents n'ont aucun droit, les expulsés n'ont aucune solution de relogement ; ils sont traités comme du simple bétail.

Le but de fond est de faire appliquer les « projets sociaux » des résidences sociales construites sur le tombeau des anciens foyers de travailleurs immigrés. De fait et dans la pratique, les travailleurs immigrés sont victimes d'une politique de vidage, sur le fond, raciste.
Bien sûr, ces travailleurs immigrés sont tolérés au moment du déménagement car, n'est-ce pas, le gestionnaire est tenu à reloger ses résidents déplacés. Mais dès que l'occasion se présente, tout est bon pour les expulser. Pourquoi ? Parce que le but des résidences sociales, même quand elles sont issues de la réhabilitation des foyers de travailleurs migrants n'est pas de loger lesdits travailleurs. Le but des résidences sociales est de loger, temporairement (?), tous les précaires et tous les exclus du logement de la société. Du point de vue du gestionnaire, et de l'État, les travailleurs immigrés gagnent trop, restent trop longtemps, sont trop attachés à leur vie communautaire et collective, et réclament trop leurs droits. Les gestionnaires préfèrent des gens écrasés, atomisés, individualisés au maximum, ayant de fortes APL mais qui, malgré leur parcours de vie difficile, n'ont qu'une seule idée en tête, quitter cette prison pour un vrai logement. La « suroccupation » est un beau prétexte pour mener cette politique contre les travailleurs. Quasiment TOUS les travailleurs ouest-africains, et beaucoup de travailleurs maghrébins, vivent avec leurs fils, leurs neveux, des membres de leur famille. La solidarité est indispensable. Mais il est également impossible de vivre SEUL toute sa vie de travail, impossible d'accepter d'être CONFINÉ A VIE dans une petite pièce, même si cela enfreint un règlement intérieur imposé de force par les gestionnaires, dont le but principal est d''infantiliser et de contrôler les résidents et de rendre le gestionnaire tout puissant. La loi elle-même, en opposition totale avec la Convention Européenne des Droits de l'Homme, refuse aux résidents le droit à la vie privée et familiale.

Nous au Copaf, nous protestons contre ces expulsions qui ciblent particulièrement les travailleurs immigrés africains. Nous exigeons l'extension à tous les résidents qui souhaitent vivre de manière pérenne dans les foyers et les résidences l'extension du DROIT DE LOCATAIRE, du DROIT A LA VIE PRIVÉE ET FAMILIALE dans le logement principal qu'est la
chambre de foyer ou le studio de résidence sociale, du DROIT A LA VIE COLLECTIVE et à la mutualisation d'activités dans des espaces conviviaux et co-gérés .

Nous appelons tous les médias, tous les sans papiers, tous les résidents et tous les travailleurs à être attentifs aux appels qui vont venir pour nous opposer à ces expulsions et ces violences.

NON AUX EXPULSIONS ! NON AUX FOYERS-PRISONS ! NON AU BAIL PRECAIRE !

OUI AU DROIT DE VIVRE AVEC SA FAMILLE !


Copaf, Comité de résidents du foyer Louise Maury à Pierrefitte.
copaf@copaf.ouvaton.org
​Tél. 06 87 61 29 77

 

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