Moratoire des loyers: le gouvernement le rejette, l'Allemagne fait un pas

Tandis que le projet de loi fédéral de lutte contre la pandémie présenté dans la semaine au parlement Allemand autorise les locataires en difficulté à suspendre le paiement des loyers durant l'épidémie, J. Denomandie, selon Le Parisien le 24-03-2020, a rejeté catégoriquement la demande de moratoire des loyers faites par les associations de locataires, de mal logés et plusieurs syndicats.

Un plan d'urgence de 45 milliards est annoncé par le gouvernement, mais manifestement ni les sans-abris, ni les mal-logés, ni les locataires n'en verront la couleur. Les petits patrons des PMI PME auront droit au moratoire sur les loyers et l'énergie selon la loi sur l'état d'urgence sanitaire votée ce weekend. Pas les locataires, alors que beaucoup de petits salariés ou de travailleurs au statut précaire voient leur revenu baisser, ou tout simplement disparaitre, comment vont-ils payer le loyer, la traite ou la facture d'énergie ?

Le Gouvernement n'en a cure, seule importe la "sacro-sainte économie", et les profits qui en découlent pour les nantis. Les loyers chers ce n'est pas l'économie, mais c’est la rente, alors on n’y touche pas : les loyers chers ne créent pas d'emploi, mais ils creusent les inégalités sociales et dégradent les conditions de vie des petites mains de l'économie, qui doivent sacrifier des besoins essentiels pour ne pas tomber à la rue. Mais le Gouvernement fait-il vraiment un cadeau aux rentiers ou aux bailleurs sociaux en fermant la porte à une discussion sur les loyers ? Ce n'est pas certain du tout, avec la montée en puissance des impayés de loyers qui s'annonce.

En ne faisant rien, il prend donc le risque d'un choc sans doute aussi violent en proportion que celui encaissé par les classes populaires surendettées espagnoles ou américaines lors de la crise des subprimes à partir de 2008, car les locataires sont à flux tendu, face à une charge qui n’a jamais été aussi élevée[1]. Les locataires commencent à recevoir leur quittance. Ils auront alors raison de différer le paiement de leur loyer, s’ils n’ont plus assez de revenus :  avant tout il faut manger, nourrir sa famille se soigner, répondre aux urgences. Et d’ailleurs ils auraient raison de ne pas payer leur loyer du tout pour s’indigner de la cherté des loyers. Exploités au travail jusque dans le logement, c’est l’horizon des classes populaires aujourd’hui.

Il faut toutefois distinguer le secteur privé et le secteur HLM. Les bailleurs privés disposent d’un capital, ce qui n'est pas le cas des locataires : le logement qu'ils habitent, celui ou ceux qu'ils louent, et souvent une résidence secondaire. La caricature du "petit propriétaire privé qui s'endette pour sa payer sa retraite" et que l'on nous sert depuis 200 ans fait long feu, mais ne correspond pas à la situation réelle des bailleurs, parmi lesquels l’on trouve de plus en plus de groupes financiers, d’investisseurs riches, mais aussi de responsables politiques aux commandes (Cf. le scandale des élus marchand de sommeil à Marseille).  Alors pourquoi les bailleurs privés, qui encaissent des loyers toujours plus élevés ne participeraient pas à la mobilisation contre le coronavirus et ses conséquences économiques ? Il n'y a pas de raison que seuls les locataires se serrent la ceinture, risquant trop souvent la mise à la rue et les mauvais traitements que subissent les sans-abris particulièrement exposés au virus...

Il y a aussi le logement social, sur lequel le gouvernement a fait de confortables économies depuis 2017 en sacrifiant les APL via les locataires modestes. S'il y a impayés ou moratoire pour les ménages en difficulté, il y a certes manque à gagner pour les bailleurs sociaux, mais dans un cas il y a expulsions, dans l’autre il y a mise en place de filets de sécurité. Il faut donc les soutenir financièrement : c'est au gouvernement d'aller dans les poches profondes de nos toujours plus nombreux millionnaires et milliardaires nationaux si souvent rentiers.

Le gouvernement a ouvert les vannes budgétaires et a engagé 45 milliards d’euros, mais il n'a rien prévu pour les victimes de la crise du logement. La totalité des loyers perçus mensuellement par les organismes HLM se montaient en 2018 à environs 2,1 milliards d’euros, et les APL à 650 millions. Au pire, et si tous les locataires HLM cessaient de payer leur loyer, il faudrait compenser à hauteur de 1,5 milliards d’euros par mois, le manque à gagner des organismes. En réalité, quelques centaines de millions devraient suffire. Pingre et cynique, comme pour les sans-abris, le gouvernement abandonne encore une fois les locataires et les mal-logés.

L’on voit déjà se dessiner les tristes lendemains de la crise sanitaire et ses conséquences économiques et sociales : d’une part la surexposition au virus des sans-logis et des très mal logés et d’autre part des mises à la rue massives pour impayé de loyer, si le Gouvernement ne change pas de posture ou si les locataires ne manifestent pas leur inquiétude, voire leur colère.

Plusieurs gestes sont possibles du côté des locataires. D’abord ne pas se décourager, ne pas céder à la peur de son bailleur et être solidaire. Nos amis du Québec ont décidé d’afficher un drap blanc à leur fenêtre pour signifier leur intention de ne pas payer le loyer, pourquoi pas nous ?

Commençons par quelques actions simples :

- Suspendons le virement automatique du loyer pour reprendre du pouvoir sur nos porte monnaies ; 

- Participons au raffut à nos fenêtres organisé le 28 mars à 18h dans toute l’Europe pour réclamer un moratoire et une baisse des loyers, l’arrêt de toute les expulsions, la réquisition pour les sans-abris et les très mal logés des locations touristiques à l’année type Airbnb & Co, des hôtels vacants et des logements vides qui n’ont jamais été aussi nombreux et

- Suspendons le paiement de notre loyer tant que le gouvernement n'aura pas pris des mesures de suspension des loyers pour les locataires en difficulté : Pas de salaire, pas de loyer !  Signons la pétition

 

Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole du DAL, le 25 mars 2020

 

 

[1] Cf. Le logement est à la source de la colère sociale, 10 décembre 2018, blog Médiapart de la Fédération DAL

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