La Tanzanie pleure Magufuli

Le président Tanzanien, John Pombe Magufuli, au pouvoir depuis 2015 vient de décéder. Très apprécié par son peuple, son décès est vécu comme un drame national.

   La Tanzanie a perdu son héros. Le président John Magufuli vient de mourir suite à des problèmes cardiaques. Arrivé au pouvoir en 2015, il s'attaque à la corruption et est alors surnommé le bulldozer. Il dirige son parti, le CCM (parti de le Révolution) héritier du socialisme africain, d'une main de maître. Ses grands chantiers lui assurent une notoriété importante au sein des différentes communautés du pays. La Tanzanie connaît alors une forte croissance économique, +5,8% en 2018. Très critique vis à vis de la gestion occidentale de la pandémie de covid-19, il n'impose pas de restrictions à la population et se méfie de vaccins crées à la va-vite. Il est réélu triomphalement en octobre 2020 avec un score de 84%.

Des funérailles nationales et populaires

   Sa popularité se mesure aussi lors de ses funérailles qui déplacent des millions de Tanzaniens venus pleurer leur président. Jamais un chef d’État ne fut aussi populaire depuis Julius Nyerere – le père de l’indépendance – dont Magufuli se revendique. A Dar es Salam, on déplore même 40 morts dans des bousculades lors des obsèques. Le corps du président traverse ensuite le pays et est systématiquement acclamé par la foule. Autant d'images qui balayent les propos de l'opposition accusant Magufuli de fraudes électorales. Lorsqu'on traverse le pays, les drapeaux du CCM sont partout et en parlant avec la population on entend toujours la même chose « Magufuli est un bon président, il fait beaucoup pour le peuple ».

   Si les transitions politiques en Afrique laissent parfois place à des affrontements violents, il n'en est rien en Tanzanie, pays épargné par les tensions communautaires. Le pays a désormais un nouveau chef d’État, Samia Suluhu, ancienne vice-présidente de Magufuli, une femme voilée à la tête d'un pays majoritairement chrétien1, tout un symbole.

Les buildings de Dar es Salam © Damien Gautreau Les buildings de Dar es Salam © Damien Gautreau

1Selon le Pew Research Center, la Tanzanie compte 61% de chrétiens et 36% de musulmans.

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