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Billet de blog 16 mai 2020

Mayotte : l'impasse migratoire

Mayotte, dans le canal du Mozambique fait figure de tête de proue pour des migrants venus des Comores, de RDC et même du Sri Lanka. Pourtant, ils sont mal accueillis et se retrouvent coincés sur cette petite île administrée par la France.

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     Mayotte, île de l'archipel des Comores, est administrée par la France qui la considère comme son 101ème département. Pourtant le droit français ne s'y applique pas intégralement et ce notamment dans le domaine migratoire. Mayotte ne fait pas partie de l'espace Schengen et par conséquent, les migrants détenant un titre de séjour en règle ne peuvent quitter le territoire. Ils ne peuvent ni aller à la Réunion ni en France métropolitaine. Ils sont contraints de rester dans ce département, le plus pauvre de France, où le taux de chômage s'élève à 30%, où la population étrangère frôle les 50% et où le racisme et la xénophobie sont ambiants.

Les gendarmes embarquent des clandestins sur leur bateau, direction le centre de rétention. © Damien Gautreau

Les autorités françaises se livrent pourtant à une authentique chasse aux migrants. Les moyens déployés sont importants et on assiste à de véritables rafles de la part des gendarmes mobiles et des brigades de la PAF, Gestapo des temps modernes. Les étrangers sont arrêtés dans la rue, suite à des contrôles au faciès, mis dans un fourgon et déportés vers le centre de rétention. Là, ils ne resteront que quelques heures avant d'être expulsés vers leur territoire d'origine au mépris des lois qui réglementent les expulsions de France. Si il y a bien des associations qui tentent de les aider, elles sont débordées par le nombre de cas et très mal vues par la population locale. Chaque année, environ 20.000 personnes sont ainsi expulsées vers l'Union des Comores. Certains sont pourtant scolarisés, d'autres sont parents d'enfants en bas age ou encore suivent un traitement médical, autant de conditions qui les empêchent normalement d'être expulsés. Mais à Mayotte, rien n'est normal. C'est non seulement inhumain mais aussi inutile car la plupart d'entre eux reviendront quelques jours plus tard et ce même si la traversée est périlleuse. Les 70km qui séparent Mayotte et Anjouan constituent de fait un immense cimetière marin mais cela ne semble émouvoir personne sur l'île administrée par la France où beaucoup demandent même des moyens supplémentaires pour lutter contre l'immigration. Les migrants sont pourtant devenus indispensables à Mayotte, les secteurs du bâtiment, des aides à domicile, des gardes d'enfants, de la pêche, de l'agriculture et d'autres encore dépendent de cette main d’œuvre bon marché et corvéable.

Des taggs à Mamoudzou contre le "visa Balladur" et l'expulsion des sans-papiers. © Damien Gautreau

Les migrants sont non seulement coincés mais aussi stigmatisés. Ils subissent les insultes et les violences de certains locaux. Les rares personnes à prendre leur partie sont prises pour cible, dénigrées et diffamées publiquement, elles reçoivent même des menaces de mort. Les collectifs de citoyens, groupuscules fascistes, mènent des actions violentes comme les décasages. Il s'agit d'attaquer en nombre une habitation de migrants, de les en chasser par la force et de saccager les lieux. Le tout sous le regard de la gendarmerie qui laisse faire ces actions pourtant punies par la loi, accroissant ainsi le sentiment d'impunité qui anime ces collectifs. Ils n'hésitent pas à bloquer la préfecture, en 2018, durant plusieurs mois, empêchant ainsi les étrangers de régulariser leur situation. Cela conduit à attiser la rancœur et la haine, et aggrave la situation dénoncée par ces mêmes collectifs. En effet, un certain nombre de personnes en situation régulière se sont trouvées sans papiers. Des étudiants étrangers devant aller étudier en France n'ont pu le faire faute de visa... Le Défenseur des droits Jacques Toubon a beau condamner les faits, sur l'île de Mayotte le droit est tout autre et les racistes et autres décérébrés semblent avoir de beaux jours devant eux.

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