La Réunion et les requins, silence sur un massacre

Alors que la France entend se placer en tant que défenseur de l'environnement sur la scène internationale, sur le territoire national, à la Réunion, on massacre les requins avec de l'argent public.

Macron l'a affirmé lors de sa tournée dans l'Océan Indien1 : « Notre responsabilité, c'est de le préserver pour construire le meilleur avenir possible. C'est le cœur de la bataille pour la biodiversité ». Le président français, le premier à se rendre sur Glorieuse, l'une des îles Éparses revendiquées par Madagascar, affirme ainsi, dans la lignée de la COP21 que la France entend prendre le leadership sur les questions environnementales. Pourtant, dans un département français, La Réunion, on se livre à un véritable massacre d'espèces marines, et ce, dans l'indifférence générale.

 

Depuis 2013, la Réunion traverse ce que certains appellent « la crise requin ». Elle a en effet enregistré 15 attaques dont 8 mortelles en 7 ans. Pour contrer cette dynamique, les pouvoirs publics ont mis en place un important dispositif censé stopper les attaques. L'argent public est donc utilisé pour pêcher le requin, soit de manière dite « préventive » soit à la suite d'une attaque. Les captures sont nombreuses et font ressembler le dispositif à un massacre de la faune sauvage plutôt qu'à une véritable prévention. Depuis le début de l'année 20182, c'est 41 requins bouledogues, 165 requins tigres et 400 prises accessoires dont certaines espèces protégées (requin marteau halicorne, tortue verte...) qui ont ainsi été prélevés. Certaines de ces prises ont même lieu dans la Réserve Marine de La Réunion. En tout, depuis 2013, c'est 320 requins tigres qui ont ainsi été éliminés alors que l'espèce n'est impliqué que dans un seul accident mortel ces 20 dernières années à La Réunion. La pêche se fait au mépris du renouvellement de l'espèce puisque les juvéniles, comme les femelles pleines sont capturés. Le Centre Sécurité Requin, dont le budget pour l'année en cours s'élève à 3 millions d'euros, déploie des drumlines qui appâtent les requins et autres prédateurs. Mais certains les accusent au contraire d'attirer les requins prêt des côtes et ainsi d'être plus dangereuses que préventives. Les captures s'intensifient ces dernières années ce qui n'empêche pas pour autant les accidents mortels puisqu'en 2019, un surfeur et un pêcheur ont perdu la vie.

 

Si il est évident que chaque perte humaine est déplorable, massacrer les requins et les autres espèces marines n'est en rien une solution. Au contraire, la disparition des requins aurait de graves conséquences sur l'ensemble de la vie marine. En diminuant ou même en éradiquant les prédateurs, c'est tout l'équilibre naturel qui est rompu et qui entraîne la prolifération de certaines espèces et la disparition des coraux. Il est donc urgent de mettre fin à ce massacre inutile et désastreux qui ne protège pas les usagers de la mer, menace l'équilibre naturel et nuit à l'image de la Réunion et à celle de la France.

Panneau et drapeau sur une plage de la Réunion © Damien Gautreau Panneau et drapeau sur une plage de la Réunion © Damien Gautreau

1Le 23 octobre 2019 sur l’île Glorieuse

2Source : Centre Sécurité Requin

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.