Situation tendue aux Comores

Depuis plusieurs semaines, la situation politique est particulièrement tendue dans l'Union des Comores, le pays est au bord de la crise.

La situation politique est très tendue dans l'ancienne colonie française depuis plusieurs semaines. Le pays est au bord d'une grave crise politique qui fait craindre le pire. L'Union des Comores, qui n'a qu'une quarantaine d'années d'existence, a déjà connu de nombreuses crises, des coups d’États, l'intervention de mercenaires étrangers, des velléités sécessionnistes et l'ingérence française.

Mémorial de l'indépendance à Moroni © Damien Gautreau Mémorial de l'indépendance à Moroni © Damien Gautreau

L'actuel président, Azali Assoumani1, devrait rendre le pouvoir dans trois ans comme le stipule la constitution de l'Union des Comores. L'archipel a mis en place une présidence tournante entre les différentes îles qui la composent, ce qui permet de calmer les aspirations autonomistes d'Anjouan. Mais le président a lancé un projet de réforme de la constitution, lequel lui permettrait de rester au pouvoir. Il souhaite valider cette réforme par un référendum en juillet et convoquer des élections anticipées en 2019. Beaucoup voient d'un mauvais œil la manœuvre et reprochent à Azali, actif sur le devant de la scène politique depuis une vingtaine d'années, de vouloir mettre en place un régime dictatorial. Youssouf Boina, un des leaders de l'opposition, n'hésite pas à dire « On est sorti des limites de la démocratie ».

Des manifestions se sont tenues à Moroni ainsi qu'à Mutsamudu le 25 mai. Elles ont donné lieu à des affrontements entre les forces de l'ordre et des manifestants. Aux Comores, la gendarmerie n'hésite pas à tirer à balles réelles. Ce 22 juin, une nouvelle manifestation a eu lieu dans la capitale et des témoins signalent l'usage d'armes à feu par les forces de l'ordre.

Le climat est donc particulièrement tendu, notamment depuis le retour de l'ancien président, Sambi, le 12 mai. Ce dernier, convoqué par une commission parlementaire pour des suspicions de corruption et de détournement de fonds, bénéficie du soutien de nombreux partisans dans l'archipel. Il est pour l'instant assigné à résidence en Grande Comore mais ses supporters restent mobilisés. Certains font le lien avec l'incendie criminel des locaux de la Commission électorale, à Moroni, dans la nuit du 6 au 7 juin. Quoi qu'il en soit, le climat est électrique et la situation peut dégénérer à tous moments.

Mutsamudu, Anjouan © Damien Gautreau Mutsamudu, Anjouan © Damien Gautreau

De plus, le président Azali essuie des critiques venant de son propre camp. Le coup est venu du vice-président, Ahmed Saïd Djaffar, qui a ouvertement critiqué le projet d'Azali lors d'une déclaration publique le 17 juin. Le site Comores-infos a depuis fait état de menaces de mort à l'encontre du vice-président.

La France, qui a pourtant joué un rôle de premier plan dans toutes les précédentes crises comoriennes, semble pour l’instant garder ses distances. Pourtant, ce nouvel épisode comorien pourrait avoir des conséquences pour Mayotte, quatrième île de l'archipel, administrée par la France mais revendiquée par les Comores. En cas de violences et de purges politiques, le nombre de migrants vers Mayotte risque en effet d'augmenter alors que les Mahorais se plaignent déjà de la présence d’étrangers sur leur île.

1Il est élu en 2016 à l'issu d'un troisième tour inédit et de l’annulation des résultats de nombreux bureaux de vote.

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