Etudiants et Covid19: le Gouvernement laisse crever

De #HonteUnivFrance à #EtudiantsFantomes, du printemps à l’hiver, le Gouvernement continue de snober les étudiants et la jeunesse. Cette inaction les pousse de plus en plus vers la misère économique, morale et sociale.

Avant-propos

Le 27 avril dernier, sur ce blog, nous avons écrit un article qui se voulait être une boite à idée pour sauver financièrement nos étudiants, et un relevé détaillé des problèmes majeurs que pouvait traverser cette catégorie de population. Ici, vous trouverez une mise à jour avec de la situation des étudiants.

Certaines organisations politiques ont agi et proposé des solutions pour les étudiants et les jeunes. Mi-mai 2020, la France insoumise a rédigé un livret avec ses « mesures d’urgences pour les étudiants », dans lequel on retrouve une analyse au court et long terme, du RSA jeune à une véritable allocation d’autonomie. Durant l’étude du budget 2021, les députés ont demandé l’extension du RSA aux moins de 25 ans, notamment par l’intermédiaire de François Ruffin. De leur côté, les communistes ont déposé une proposition de loi relative au logement et à la solidarité envers les étudiants.

Spoiler alert : si ces questions ont traversé la classe politique et médiatique, le gouvernement a décidé de laisser-faire, et donc, de ne rien faire.

Ici voici à nouveau des solutions d’urgences pour améliorer les conditions de vie des étudiantes et étudiants :

  • Extension du RSA au moins de 25 ans
  • Suspendre le paiement des loyers en cité universitaire et dans les logements sociaux, pour toute la durée de l'état d’urgence sanitaire, même pour les étudiants n’ayant pas quitté leur logement
  • Augmenter drastiquement les aides au logement pour les étudiantes et étudiants qui vivent dans les autres logements privés
  • Rouvrir les universités aux étudiants avec un protocole sanitaire renforcé

 

Une population à bout de nerfs

Des étudiants et des jeunes en dépression

Le constat est fait par toute la classe politique : les étudiants et plus généralement les jeunes sont dans une galère économique, sociale et morale. Pas d’argent, pas de cours décents, pas de relations sociales, que des incertitudes pour l’avenir, c’est en toute logique que leur moral est en berne, et c’est un euphémisme.

Au-delà des témoignages et citations que l’on peut trouver sur internet, les études sont plus que préoccupantes. L'Observatoire de la vie étudiante nous indique que 31% des étudiants sondés disent être en « détresse psychologique ». L’institut Montaigne, déclare qu’il y a 29% d’états dépressifs chez les 18-24 ans. Plus grave encore, l’enquête IPSOS pour la FAGE alerte : 73% des jeunes déclarent avoir été affectés sur le plan psychologique.

 

Des étudiants se suicident

Un autre chiffre de la FAGE est plus préoccupant : 23% des jeunes ont eu des pensées suicidaires. Tristement, les drames donnent raison à cette enquête. La semaine dernière encore, trois étudiants ont mis fin à leurs jours.

Au-delà de toute individualisation, le suicide est un fait social. Ces drames en disent long sur comment notre société qui est en train de sacrifier sa jeunesse et ses étudiants. Ils sont malheureusement le fruit d'un mépris gouvernemental enfonce chaque jour les plus jeunes dans l'abîme.

 

Le Gouvernement jette des miettes et joue les opportunistes

350€ depuis mars  : le gouvernement n’en a rien à faire des étudiants

Le président Emmanuel Macron l'a dit, il est « dur d’avoir 20 ans en 2020 ». Sauf que ce ne sont que des mots. Et au-delà de ces mots, il ne reste que des maux.

Au pire méprisant, au mieux ignorant, le Gouvernement n'a fait que jeter que des miettes à sa jeunesse et à ses étudiants.

Dans un premier temps, alors que nombre d’entre eux ont perdu des revenus à cause de l’annulation de stage ou de la non-prolongation de CDD, le gouvernement a répondu, complètement à côté, avec 6 milliards d'aides aux entreprises embauchant des jeunes.

Puis, devant la lever de bouclier, du fait qu'aucune aide directe et concrète n'a été proposé, le gouvernement a répondu par des aides ponctuelles, mais un refus catégorique de l’extension du RSA pour les moins de 25 ans. L'ex-premier ministre Edouard Philippe a donc annoncé une aide de 200€ pour les étudiants ayant perdu des ressources à cause du confinement et les jeunes qui perçoivent les aides au logement. Il n’y a pas besoin de faire spé-math pour comprendre que 200€ ne suffisent pas. Au minimum, un étudiant ayant vu son stage annulé a perdu 1800€ (deux mois de confinement et un mois de mai semi-confiné). Un manque a gagné de 1600€.

Annoncé lors de son discours de politique générale, Jean Castex a également mis en place un ticket au restaurant universitaire à 1€ pour les boursiers. Décision dont les effets ont rapidement été annihilés par la fermeture des facultés et le re-confinement. Les étudiantes et étudiants n’ont donc pu profiter de tarif bien longtemps.

Enfin, la dernière mesure "sociale", sans doute la plus risible : 150€ pour les boursières et boursiers et les jeunes qui perçoivent les aides au logement.

En somme, le gouvernement a donc proposé au maximum 350€ d’aides. Un peu plus de 35€ par mois, en lissant sur une année. 

 

LPPR : destruction et tentative de répression 

Après le volet "social", le retour de l'autorité et de l'austérité. Cette deuxième vague a transformé le « quoi qu'il en coûte » en « coûte que coûte ». Coûte que coûte, le Gouvernement a voulu mener à bien ses pires réformes, dont la Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche (LPR ou LPPR). Après Parcoursup et la loi ORE, cette loi est l’épisode 2 de la destruction et de la mise au pas de l’Université.

Alors que l’enseignement supérieur compte 30 à 70% de travailleurs précaires, cette loi accentue la mise en concurrence des laboratoires avec un financement « projet par projet » et créé des contrats de « pré-titularisation », repoussant une éventuelle stabilité salariale les chercheurs. Également, cette loi permet au gouvernement d’avoir la main sur les maîtres de conférences en presque détruisant le CNU qui permettait de limiter le copinage dans la qualification des maîtres de conférence.

Ensuite, est venu l’amendement 147 rédigé en commission mixte paritaire, c’est-à-dire dans une commission qui rassemble 14 députés. Cet amendement prévoyait tout bonnement de condamner jusqu’à 3 ans de prison et 45000€ d’amende les occupations des facultés. La disposition est venue planter le coup de grâce. Alors que les étudiants s’appauvrissaient, le gouvernement avaient pour priorité de les empêcher de contester. Heureusement, le Conseil constitutionnel a fini par censurer cet amendement.

 

Précarité financière et pédagogique

Des étudiants toujours (et de plus en plus) pauvres

Ignorer un problème ne le fait pas disparaitre. D’après un sondage de la FAGE, le premier confinement a eu des conséquences économiques graves sur les jeunes :

  • 74% ont rencontré des difficultés financières
  • 35% ont renoncé à se soigner

Les 35€ d’aides mensuelles du gouvernement ne semblent pas – et c’est logique – avoir améliorer la situation de précarité à laquelle ils font face.

Les témoignages de jeunes en difficultés se suivent et se ressemblent. Une étudiante bénéficiaire de collectes solidaires explique auprès de France 3 Val de Loire : « Je ne trouve pas de travail. Et du coup il me reste 100 euros pour vivre après avoir payé le loyer. Je viens donc ici pour pouvoir manger à tous les repas ».

Ce constat est partagé par la Fondation Abbé Pierre et le Secours Catholique : « ce qu’on voit, ce sont des gens qu’on ne connaissait pas, beaucoup qui travaillaient ou travaillent encore, qui étaient dans une situation de précarité et qui basculent dans la pauvreté. Les jeunes sont très concernés, puisqu’ils enchaînaient les petits contrats : quand tout ça s’arrête, ils n’ont droit à rien. ».

Le président des Resto du cœur, Patrice Blanc, va même jusqu’à dire que « la moitié des bénéficiaires ont moins de 25 ans » !

Et toutes ces observations sont malheureusement confirmées par les enquêtes d’opinions. D’après un sondage Elabe:

  • 1 jeune sur 2 a réduit ses dépenses alimentaires ou sauté un repas pour des raisons financières ;
  • Un quart a du mal à payer ses factures ;
  • 42% disent avoir du mal à finir le mois.

 

Les étudiants en première ligne continuent de se faire exploiter

Business as usual, comme lors du premier confinement, les étudiantes et étudiants sont en première ligne et à moindre coût.

En effet, alors que nombre de syndicats ont alerté sur la sous-rémunération des étudiantes et étudiants infirmiers (payés 1,17€ de l’heure), il n’y a eu aucune amélioration. Il y a eu les mêmes réquisitions, comme l’indique ce mail des RH du CHU de Toulouse « C'est une contribution à la gestion de crise demandée par le ministère aux étudiants en santé et donc ce n'est pas sur la base du volontariat mais bien sur celle des besoins du terrain », et sensiblement la même paye : 1,50€ par heure. De plus, les étudiantes et étudiants en santé réalisent un travail pour lequel ils ne sont pas diplômés, et ont le sentiment de n'être que « de la main d’œuvre ». 

 

Pédagogie et décrochage : même ministre, même cacophonie

« Les établissements sont prêts à recevoir les étudiants » disait la ministre de l'Enseignement supérieur. La vérité, c'est que rien n'a été anticipé, laissant étudiants et professeurs dans la même galère qu'en mars.

Alors que le premier confinement aurait dû servir de leçon, les étudiants ont dû faire face à la même catastrophe, pour ce qui est du suivi des cours et de l’organisation des examens.

Pour la précarité pédagogique, les témoignages pleuvent. Entre difficultés d’accès à internet et difficiles liens avec les professeurs, les étudiantes et étudiants « lâchent ». « Huit heures seul derrière un ordi, c'est interminable. L'attention se perd, on se sent complètement perdu » et dans les promotions « ça a été l'hécatombe (...) la moitié des 220 étudiants de promo ont abandonné ».

Comme au printemps, l’organisation des examens est bâclée. Un étudiant marseillais explique que « Pour limiter le temps de présence à la fac, la durée de certains partiels a été divisée par deux, mais les sujets sont restés quasiment les mêmes ».

D’après Lyes Belhadj de l’UNEF, sur son université d’Aix Marseille, 40% des inscrits ne sont pas allés aux examens. Une hausse très nette par rapport à la normale.

N’a changé entre les deux confinements, que le hashtag qui est passé de #HonteUnivFrance à #EtudiantsFantomes. La Ministre est la même, la cacophonie est la même.

 

"Il faut tenir" a dit le président de la République en réponse à une étudiante qui lui a exprimé son mal-être. Ce sera peut-être au Gouvernement de tenir, car mépriser à tel point sa jeunesse, c'est prendre le risque qu'elle lève le poing.

 

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