Nous vivons une époque formidable !

« Nous vivons une époque formidable » dans laquelle de nombreux signaux sont passés au rouge vif, sans que pour l’instant, les dirigeants politiques du monde ne prennent réellement conscience du danger qui nous guette mais peut-être n’ont-ils simplement pas l’audace ni le courage de s’y attaquer.

Le monde qui s’est fabriqué pendant des millénaires est entré depuis deux siècles dans des révolutions démographiques, agricoles et technologiques qui ont transfiguré notre planète soumise, de plus en plus, à la pression de l’espèce humaine, au point que certains scientifiques, de plus en plus nombreux, affirment que nous sommes entrés dans une nouvelle période géologique. Après l’Holocène, nous entrerions dans l’ère de l’Anthropocène.

« Nous vivons une époque formidable » dans laquelle les dangers se multiplient alors que nos dirigeants politiques restent, au mieux, pétrifiés par les crises qui nous touchent.

La pusillanimité des politiques menées à l'échelle européenne couplée à celles de la France nous empêche de répondre aux défis environnementaux et économiques et nous entraîne inexorablement vers le déclassement. La pauvreté et la précarité augmentent comme jamais.
La création de la CEE puis de l'U.E ont pu être une réponse utile au lendemain des grands conflits mondiaux pour apporter un projet économique et surtout assurer la paix mais les élargissements multiples et la faiblesse des institutions européennes rendent indispensables un nouveau souffle, impossible dans les conditions et le modèle actuels.
Personne n’a besoin de ce combat, qu’on appelle compétitivité, entre nations à l’échelle de notre Europe dans laquelle nos partenaires sont, avant tout, vus comme nos concurrents.
Le débat démocratique et la construction d’une Europe solidaire et citoyenne ne pourront reposer que sur un nouveau système politique parlementaire dans lequel les citoyens européens auront vraiment la parole.
Comment pouvons-nous retarder encore davantage cette question démocratique ainsi que la construction d’une Europe sociale sans prendre le risque de faire imploser l’Union Européenne à très court terme?
Le traité social, qui prendra du temps, doit évidemment lutter contre le dumping social et fiscal qui prolifère depuis trop longtemps et être construit sur des critères sociaux de convergences.
Les solutions existent, identifiées et construites par des partis politiques, des syndicats et des citoyens. Seule la volonté et le courage politique manquent aujourd'hui alors que la France aurait dû prendre toutes les initiatives dès 2012 pour renégocier les traités et impulser le changement de cap politique et économique d’une Europe aujourd’hui ultra-libérale.
Demi-bonne nouvelle, onze pays se sont déjà entendus pour créer, dès que possible, une taxe Tobin, prélude d’une fiscalité et d’un budget européen indispensables.
Il faudra aller plus loin et créer de nouvelles sources de financement par un impôt européen sur les bénéfices pour alimenter un budget Européen ambitieux.

Nécessité donc de la création d’une Europe sociale et démocratique mais aussi d’une Europe verte pour lutter efficacement, sur notre continent, contre toutes les atteintes faites à notre environnement et ses conséquences sociales.
Si la mobilisation des états, au plus fort de la crise, a été massive pour sauver les banques, nous avons impérativement besoin d’une politique d’investissement au moins de même ampleur pour sauver le climat et plus largement notre écosystème.
Les réponses à la crise écologique sont trop souvent partielles et font toujours les frais de contraintes budgétaires alors que c’est là une dette inestimable qui est en train de s’accumuler, non pas seulement pour les générations futures mais pour l’humanité toute entière.
La croissance spectaculaire depuis deux siècles basée sur la consommation effrénée s’est faite au détriment des ressources collectives et épuisables de notre planète et le développement des pays émergents rendent indispensable un nouveau modèle de développement.
La pression imposée par l’espèce humaine sur la terre est insoutenable alors que nous détruisons massivement nos ressources halieutiques, nous accélérons la déforestation, intensifions nos agricultures, asséchons lacs et rivières, polluons gravement et regardons tout cela de loin, peu concernés par le film de notre propre déchéance programmée.
Chaque année, le jour du dépassement, jour à partir duquel nous consommons plus de ressources naturelles que la planète en produit, tombe un peu plus tôt !
La biodiversité, attaquée de toutes parts, est mise à mal : les experts considèrent que le nombre d’espèces n’a jamais autant décliné chaque année. Nous sommes à l’aube de la 6ème extinction.
Pourra-t-on compter demain sur l’engagement des Etats et de l’Union Européenne pour prendre conscience du scénario déjà largement écrit et prendre des décisions concrètes et rapides afin de limiter les conséquences de nos actes?
Tous les spécialistes décrivent l’ampleur des conséquences en cours et pour partie irréversibles : changement climatique, multiplication des accidents météorologiques, montée des eaux sans que le souffle de la responsabilité n’émeuve plus que cela nos dirigeants!
Quelles seront la portée et l’action de la prochaine COP21 organisée à Paris en 2015 ?
Pourtant, là encore, des solutions existent, portées localement par des citoyens, des associations ou des collectivités comme le réseau des villes entrées en transition telles Grande-Synthe ou Loos en Gohelle.
Nous vivons une époque formidable dans laquelle de nouveaux repères et une nouvelle façon de vivre doivent s’installer avant qu’il ne soit trop tard.
Le volontarisme des Etats doit être plus clair, plus tranché afin d’investir dans une nouvelle économie plus sobre en énergie, plus solidaire en terme de travail, plus respectueuse des travailleurs, de notre environnement, de nos richesses et de nos biens communs.
À cet égard, nous devrons imposer un nouveau modèle agricole, moins intensif et moins polluant, privilégiant la qualité des produits, les circuits courts tout en modifiant, aussi, pour des raisons de santé, notre alimentation.
Le défi énergétique est, de même, devant nous.
L’atome ne peut plus, en France comme ailleurs, rester la pierre angulaire de notre production énergétique.
Le risque est démesuré et nous sommes déjà comptables des accidents et des pollutions qui ont vitrifié bien des régions et tué trop de populations.
La réduction, puis la fin, de la production électrique d’origine nucléaire est indispensable.
L’adaptation de notre tissu productif, la sobriété énergétique de nos habitats et bâtiments, l’abandon des ressources fossiles au profit de celles renouvelables sont indispensables pour réussir la transition énergétique notamment avec le défi du stockage des énergies renouvelables.
« Nous vivons une époque formidable » dans laquelle nos ingénieurs et notre recherche peuvent nous permettre de relever tous ces défis à la condition d’investir massivement dans les projets porteurs.

Le troisième enjeu pour l’Europe et la France est évidemment d’ordre économique.
Jamais la production de richesses n’a été aussi forte et massive.
Jamais les inégalités n’ont été aussi redoutables laissant des millions de français interdits de vivre, de consommer, de se déplacer et même d’espérer.
Le pays est sous tension, la colère gronde alors que le triomphe de la cupidité semble inexorable.
Qui ne voit là, la fin d’un système ?
Omniprésente depuis 30 ans, la crise est devenue naturelle et fatale, voire un instrument de gestion pour les financiers et les promoteurs d’une économie de rentiers. D'ailleurs, peut-on encore parler de crise qui, par définition, devrait n'être que passagère ? C'est aujourd'hui un nouveau modèle, imposé, entretenu, pour remettre en cause toutes les avancées sociales. Telle une véritable stratégie du choc, si bien décrite par Naomie KLEIN.
À l’échelle du monde, les flux spéculatifs vont et viennent, s’affranchissant sans problème des frontières bloquant pourtant les populations et les fixant dans leur misère.
Ce scénario du pire se déroule sous nos yeux, dans nos territoires, dans nos villes alors que les élus locaux sont en première ligne.
Le chômage continue d’augmenter de manière inexorable, plus de 330 000 nouveaux demandeurs d’emploi pour 2013, alors que le nombre de radiations explose cachant les vrais chiffres de ce désastre humain.
Comment s’étonner de l’augmentation de la pauvreté et de la précarité vécues au quotidien par des millions de familles?
Les CCAS de nos collectivités font le maximum mais sans pouvoir régler massivement les situations de pénurie de ressources, d’emploi ou encore de logements.
9 millions de français vivent aujourd'hui sous le seuil de pauvreté. 9 autres millions n'en sont pas loin. 4 millions sont en précarité énergétique, c'est à dire,qu'ils consacrent plus de 10% de leur ressources pour l'énergie.
Comment s’étonner de la colère grandissante chez nous comme ailleurs ?
Nous-mêmes, acteurs politiques locaux, sommes décontenancés et courroucés de la politique menée depuis 2012.
L’espoir était grand. Trop peut être!
La déception est immense au regard des résultats et de la méthode employée.
Le constat est sans appel.
La stratégie de la politique de l’offre est déjà un échec. Elle offre aux entreprises l’opportunité de bénéficier de baisses massives de cotisations, sans contreparties concrètes de création d’emplois. Pire, les grandes entreprises viennent d’augmenter leurs dividendes de 30% !
10 milliards d’euros pour combien d’emplois réellement créés Monsieur Hollande ?
La politique d’austérité menée, afin de combler le plus rapidement possible le poids de notre dette, près de 90 % du PIB, aggrave la situation, raréfie les ressources et bloque la demande.
Comment les entreprises pourraient-elles embaucher alors que les carnets de commandes sont vides ?
50 milliards de coupe dans les budgets publics n’auront pas raison de la dette mais alimenteront la crise en asséchant l’investissement des collectivités et la demande de la consommation.
L’austérité en vient même à faire baisser la consommation en produits alimentaires des ménages !
La première attente des français envers le gouvernement est claire : une autre politique favorisant massivement l’emploi.
La réduction et le partage du temps de travail restent les meilleures solutions pour accompagner les révolutions technologiques et les gains de productivités qui pèsent sur l’emploi global.
À défaut, le chômage continuera inexorablement d’augmenter et fragmentera encore davantage notre société.

La Gauche doit se préoccuper avant tout du bien-être des hommes et des femmes et non du Produit Intérieur Brut. Changeons d’indicateurs au profit de l’Indicateur de Développement Humain.
C’est à la Gauche de regarder la réalité en face et de faire le constat que la croissance n’est en rien la solution, elle est le problème.


Damien CAREME, maire PS de GRANDE-SYNTHE (59)
Olivier CAREMELLE, adjoint au maire PS de LOMME (59), Président du CEDRE

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