Crack à Stalingrad : pour une prise en charge médicale et sociale des toxicomanes

La situation actuelle nous rappelle que la consommation de crack est étroitement associée à la misère matérielle et au désespoir des personnes toxicomanes. De ce point de vue, les opérations strictement policières de dispersion et de renvoi des personnes précaires pour « nettoyer les quartiers » ne sont pas des réponses dignes et durables à la situation.

La consommation et la vente de crack sont effectivement en recrudescence à Stalingrad et dans le Nord-est parisien. La situation n’est pas nouvelle dans ce quartier au carrefour des 18e, 19e et 10eme arrondissements comme dans le Nord-est parisien dans son ensemble. Déjà en 2002, face aux problèmes liés à l’usage et au trafic de drogues dans le quartier la mairie du 19e avait lancé un panel citoyen coordonné par Anne Coppel. Expérience de démocratie participative, le panel visait à faire participer des habitants, divisés sur la politique des drogues, à la définition de solutions communes aux problèmes du quartier.

La situation actuelle nous rappelle que la consommation de crack est étroitement associée à la misère matérielle et au désespoir des personnes toxicomanes.  De ce point de vue, les opérations strictement policières de dispersion et de renvoi des personnes précaires pour « nettoyer les quartiers » ne sont pas des réponses dignes et durables à la situation. Les élus des 18e, 19e, 10e arrondissements comme du 93 de l’autre côté du périphérique savent bien que les solutions ne peuvent se résumer à une gestion sécuritaire du crack.  Ces opérations ne font que favoriser les trafics et déplacer les tensions dans nos quartiers.

Il y a d’abord nécessité de réaffirmer la nécessité de prendre en charge et de soigner ces populations précarisées, le « harcèlement des drogués » ne saurait tenir lieu de politique à l’égard de ces populations en détresse. Si le principe de fraternité a désormais valeur constitutionnelle, il doit trouver à s’appliquer aux personnes en errance dans nos rues par une politique d’accueil et de soins à leurs égards. L’Agence Régionale de Santé Ile de France, le Préfet de région, la mission interministérielle (MILDECA) ont la responsabilité d’agir dans ce sens  en étroite concertation avec les élus des territoires concernés. Nous avons besoin du soutien et  de la coordination de l’Etat dans toutes ses composantes pour faire face aux questions sanitaires et d’ordre public dans nos quartiers

Nous demandons des réponses et des moyens urgents à trois niveaux, également répartis dans le Nord-est parisien et la Seine-St-Denis :

-la mise en place d’un bus itinérant d’inhalation dans une perspective de réduction des risques pour la santé des personnes

-la création de lieux d'accueil de jour à bas seuil pour les besoins de la vie courante (repos, hygiène, nourriture)

-l’apaisement des opérations policières, inefficaces en l’état,  au profit d’opérations de maintien de l’ordre coordonnées avec une prise en charge sanitaire et sociale. La question de l'ordre public et de l'intervention policière doit être pensée en tenant compte de l'exigence de ne pas gêner l'intervention en réduction des risques (RDR) sous peine de ne faire que déplacer les populations et d'aggraver leur situation, les addictions, les violences et les trafics.

Nos territoires font tous face, à des degrés divers, aux besoins de populations extrêmement fragiles. Face au défi du crack, il n’est pas question de se renvoyer indéfiniment  la patate chaude.  Si  l’Etat s’engage dans une politique claire et financée à la hauteur des besoins, si les élus sont étroitement associés à la construction des solutions locales, si l’ensemble des communes et des arrondissements concernés s’impliquent, nous arriverons à faire valoir la fraternité avec ces populations en détresse, à soutenir les actions menées au service de la santé des toxicomanes et les expliquer aux populations riveraines qui savent faire preuve de solidarité comme pour les réfugiés.

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