Santé et prévention : M. le Président, osez légaliser le cannabis !

Plus de 40 ans après la loi de 1970 qui interdit et sanctionne l’usage de drogues, en France, près de la moitié des jeunes ont fumé du cannabis avant 17 ans, un sur quatre en a fumé dans le  mois précédant l’enquête, et un sur dix en fume régulièrement (plus de 10 fois par mois). Dans l’ensemble de la population, ce sont plus de 4,5 millions de personnes ont consommé du cannabis, et près d’1,5 million en font un usage régulier. Cet usage est répandu dans toutes les régions et dans tous les milieux. L’interdiction de l’usage et de la vente, met ainsi en contact une grande partie de la population et en particulier des jeunes et très jeunes avec le monde du trafic et la délinquance. Le trafic parasite la vie des quartiers et de leurs habitants déjà les plus en difficulté. La répression s’y concentre, l’action policière au nom du trafic portant avec elle les contrôles à répétition des jeunes des quartiers. Dans les dernières années, les interpellations pour usage se sont envolées (près de 200 000) avec une forte dose d’arbitraire social. La France avec une politique affichée et revendiquée d’approche répressive des drogues est un des pays d’Europe qui a la plus forte consommation.

De nombreuses voix s’élèvent pour passer des lois punitives à un cadre juridique qui met au premier plan la santé et la prévention. C’est ce que prône la très sérieuse Global Commission on Drug Policy* qui rassemble des anciens dirigeants et des hautes personnalités du monde entier. 

Cette voie est déjà engagée sous des formes diverses dans des pays européens (Portugal, Pays Bas), et la légalisation a été mise en place dans plusieurs états des Etats-Unis, elle le sera en 2018 au Canada. 

Les termes juridiques de la légalisation définiront clairement des modes d’une production et d’une distribution légale du trafic illicite. 

Du point de vue des experts médicaux et scientifiques, (Colloque au Sénat, le 10 octobre 2016), que permet la légalisation du point de vue de la santé publique ? 

  • de déployer une approche directement éducative 
  • de mieux prévenir l’usage précoce qui est délétère chez les très jeunes adolescents
  • d’informer sur la nature des substances, leur teneur en THC, d’orienter vers les produits et les modes de consommation les moins nocifs, d’informer clairement sur les effets recherchés et  les effets négatifs du cannabis
  • de responsabiliser les consommateurs en toute connaissance des effets positifs et négatifs des produits distribués légalement. 

Les Français, toutes catégories sociales, toutes régions, tous âge confondus, font le  constat (84% que la loi est inefficace, sondage IPSOS, octobre 2016) de l’inefficacité de la loi. Les positions en faveur d’une nouvelle législation abandonnant la prohibition est dominante chez les jeunes et les adultes de moins de 60 ans. Pourtant les politiques, à l’exception des Verts et de Benoît Hamon parmi les candidats à la Présidentielle, y restent fermés et parmi eux, le nouveau Président. 

*position de la global commission : 

Policies that deal with realities rather than hiding or ignoring them, that empower young people to tackle the challenges of life and allow them to prosper, that integrate rather than stigmatize individuals, and that allow all a chance to succeed. In other words, we call on you to implement pragmatic policies that accept the reality of drugs, and that can therefore be most effective in mitigating the harms associated with them”.

Il faut des politiques qui font face aux réalités plutôt que les cacher ou les ignorer, qui donnent le pouvoir aux jeunes de faire face et leur permettent de se développer, qui intègrent plus qu’elles ne stigmatisent, qui donnent à tous les chances de réussir. En d’autres termes, (la global commission) appelle à mettre en oeuvre des politiques pragmatiques qui acceptent la réalité des drogues, et qui de ce fait seront plus efficaces pour réduire les dommages qui leur sont associées.

Dan Lert

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