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Billet de blog 19 mai 2022

Caseneuve, Delga, Rémi Fraisse.

Caseneuve a récemment rappelé les attaques contre lui au moment de la mort de Rémi Fraisse. On rappelle ici les propos tenus par Delga à l'occasion de ce drame, et rapportés dans La Dépèche du 11 avril 2014.

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Selon La Dépèche, voici les propos tenus par Mme Delga il y a huit ans.

«Ce qui s'est passé à Sivens est un drame. La mort d'un être humain est toujours inacceptable. Comme l'a indiqué le Président de la République, des enquêtes sont en cours. En tant que membre du gouvernement, je ne peux pas accepter de penser qu'il y a eu un assassinat. Il n'y a pas eu un assassinat, il y a eu un drame. Nous devons respecter les opinions de chacun. Suite à la réunion qu'il y a eue au ministère de l'Écologie, ce projet va être réalisé en concertation et proportionné aux besoins. Rappeler tout cela, c'est aussi respecter la démocratie. Nous ne devons pas oublier ce drame, c'est un événement majeur, malheureux. Je pense à la famille, aux amis de Rémi. Mais nous devons aussi  reconnaître aux élus le pouvoir donné par le biais de la démocratie citoyenne. Nous devons savoir nous parler. C'est ainsi que nous arriverons à sortir de cet épisode dramatique. Nous devons pouvoir nous parler et nous écouter les uns, les autres.»

Selon cette logique, lorsque des représentants des forces de l'ordre lancent des grenades offensives en direction d'hommes et de femmes, et que l'un d'eux meurt explosé, ce n'est pas un assassinat, c'est un drame. C'est une variable à une dimension. On retient la gravité de l'évènement uniquement. On évacue la part de responsabilité. La grenade est tombé sur Rémi comme la foudre tombe du ciel. Le meurtre est défini comme « le fait de donner volontairement la mort à autrui » (article 221-1 du Code pénal), sans préméditation. Il y a « assassinat » lorsque le meurtre est prémédité, c’est-à-dire mûrement réfléchi et planifié à l’avance. S'il n'y a que drame, il n'y a ni intention, ni préméditation, ni responsable. Il n'y a pas d'assassinat. C'est bien triste mais c'est tout. 

Si un grand nombre de gendarmes est équipé d'un grand nombre de grenades offensives et s'il leur est demandé de s'en servir en grand nombre pour disperser des manifestants, il y a une loi en statistique qui s'appelle la loi des grands nombres justement, qui permet d'affirmer qu'une catastrophe se produira presque sûrement. Selon cette loi, une  expérience qui peut donner lieu à un évènement très rare, si répétée indépendamment un grand nombre de fois, donnera lieu au moins une fois a cet  évènement avec un probabilité proche de 1, selon la formule

, où p est la probabilité pour une répétition, et n le nombre de répétitions. Il y a eu une décision d'autoriser cette arme, et il n'y a pas eu jusqu'au drame de décision de les interdire en maintien de l'ordre. L'équipement des forces de l'ordre de telles armes pour le maintien de l'ordre ne serait pas le meurtre prémédité et planifié d'une personne en particulier dont on aurait à répondre, mais un acte parmi d'autres qui entrainera presque surement la mort d'une personne au hasard, mort dont ni le lieu ni la date ni la victime n'est connu à l'avance. Cela entrainera juste un drame. Donc ça va.

L'explosion à la grenade d'un homme n'est que dramatique, s'en suit donc une injonction au dialogue qui exclut de parler d'assassinat. Cet appel au dialogue est une preuve de bienveilllance et de magnanisme, un acte responsable et nécessaire à la protection de la démocratie, comme si les électeurs de Hollande avaient au préalable été consultés sur ce point: en leur nom l'état mettra des lanceurs d'explosifs en face de manifestants et la violence policière sera tabou. On affirme sa compassion pour les proches et toutes les personnes qui ont été touchées par ce drame et on se permet de le déplorer sans demander pardon. On ne rend pas de comptes s'il n'y a pas de faute. Et pourtant : Grenade Offensive,TNT. Dans l'espace des drames il y a ceux non produits et ceux produits par le jet d'explosifs. On peut en faire abstraction, dire qu'une enquête est nécessaire, ainsi que le silence des représentants de l'état, afin de ne pas influencer la justice, et rester en poste.  La présence de ces grenades dans la panoplie des gendarmes ne serait donc pas une faute en soi dont il fallait nommer le responsable. 

Parler d'assassinat, c'est rappeler l'horreur du drame et affirmer la responsabilité d'un ministre, du préfet, du chef du gendarme, du gendarme. La responsabilité et la décision délibérée de tuer. Ce serait mal de parler d'assassinat. Pourquoi ? Car il s'agit d'instrumentaliser la douleur des proches à des fins électorales, et ceci au risque d'affaiblir la démocratie, la république, d'empécher de bétonner en rond. En poursuivant la logique de Mme Delga, élue socialiste, jusqu'au bout, critiquer un membre du gouvernement, rappeler son statut de responsable, et nommer sa faute, est toujours antidémocratique, puisqu'il ne peut y avoir de faute. Et on peut en appeler le cas échéant à la douleur des proches des victimes d'elles même, sans cynisme aucun, pour ajouter des circonstances aggravantes à la fausse dénonciation. C'est imparable, à l'encontre apparente des faits (l'état assassine), le postulat de base est que l'état n'assassine pas, donc suivant un raisonnement par soustraction, rien ne lui étant imputable, l'ignominie de l'attaque contre le gouvernement et ses membres est égale à la gravité du drame. 
Caseneuve, que la dignité ne risque pas d'étouffer, et défendu par, entre autres, Delga sur Twitter en 2014, s'est plaint à nouveau des attaques de l'époque contre lui. Sous entendu rien ne peut lui être reproché. On en déduit qu'il est satisfait. Le bilan de la politique répressive menée, malgré son résultat macabre, serait donc positif. Pour un tel résultat, certains des objectifs du gouvernement, dépendant des politiques de maintien de l'ordre, ont du être atteints. L'enquête sur le drame  a d'ailleurs débouché sur un  non lieu. Il peut donner des leçons à loisir, ne pas établir de  lien entre la montée de LFI, les raclées électorales du PS, les violences policières et la défense des retenues d'eau. Si  la justice ne trouve pas de responsable parmi les représentants de l'état incriminés,  quelqu'un au dessus d'eux l'est il ? Vraisemblablement ce n'est pas le raisonnement que Caseneuve a suivi depuis sa non démission sur le moment. En revanche, il peut continuer à se plaindre 8 ans après des attaques injustifiées qu'il aurait subies. 

Les reponsables politiques actuels ou passés qui nient la faute éclatante de l'état et de ses représentants prennent ils la mesure du niveau de détestation à leur égard ? Ce niveau n'est peut être pas très élevé. Peut être ont ils de fins analystes qui ont évalué le total des  indifférents, des amnésiques, des approbateurs, des sans autre choix et leur disent: c'est bon, vous pouvez la ramener à nouveau.

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