La théorie du genre n’existe pas !

La théorie du genre n’existe pas. Il s’agit d’une expression utilisée par certains courants réactionnaires pour alimenter la panique morale.

En revanche la sociologie du genre a permis de mettre de manifeste la différence entre le sexe et le genre ouvrant ainsi un champ de réflexion particulièrement fertile. Le sexe peut être défini comme l’ensemble des caractéristiques biologiques qui permettent de distinguer chez la plupart des êtres vivants le mâle de la femelle. L’humanité, faisant partie des espèces à reproduction sexuée, possède donc deux sexes permettant l’engendrement. Si le sexe fait référence à la dimension biologique du masculin et du féminin, le genre renvoie aux aspects culturels de cette distinction. Comme le soulignent, les auteures du Dictionnaire du féminisme : « Les sociétés humaines surdéterminent la différentiation biologique en assignant aux deux sexes des fonctions différentes (divisées, séparées et généralement hiérarchisées) dans le corps social en son entier. Elles leur appliquent une grammaire : un genre (un type) ‘féminin’ est imposé culturellement à la femelle pour en faire une femme sociale, et un genre masculin au mâle pour en faire un homme social »[1].

Cette distinction entre sexe et genre émerge à la fin des années 1960 et recouvre une évolution majeure de la pensée : la distinction sexe/genre visait à mettre en question la réalité de la puissance explicative du sexe biologique, du lien entre les différences biologiques et les différences psychologiques et sociales, jusque-là considéré comme évident et inéluctable. On voit donc l’enjeu tant scientifique que politique de la distinction sexe/genre : montrer que la notion de sexe n’est pas aussi explicative qu’on l’avait prétendu et démontrer la validité d’une approche de la réalité en termes de rapports sociaux de sexe plutôt qu’en termes d’une présumée « nature »[2].

Les rôles sexuels sont inculqués depuis l’enfance, en particulier à travers les jouets pour garçons et les jouets pour fille[3]. De même, plusieurs études montrent que les mères font passer leurs croyances sur le genre de diverses façons, véhiculant des messages sur le masculin et le féminin à partir desquels les enfants peuvent bâtir leurs propres croyances essentialistes[4].

Selon l’OMS, « le mot genre sert à évoquer les rôles qui sont déterminés socialement, les comportements, les activités et les attributs qu'une société considère comme appropriés pour les hommes et les femmes. En d'autres termes, les « hommes » et les « femmes » sont des catégories de sexes, tandis que des concepts "masculin" et "féminin" correspondent à des catégories de "genre". Les aspects de sexe ne changent pas beaucoup d'une société humaine à une autre, tandis que les aspects de "genre" varient considérablement.

Voici quelques exemples, donnés par l’OMS, de ces caractéristiques sexuelles :

« - Les femmes peuvent avoir leurs menstruations, et tel n'est pas le cas pour les hommes

- Les hommes ont des testicules et les femmes n'ont en pas.

- Les femmes développent des seins et peuvent normalement allaiter.

- D'une façon générale, les hommes ont de plus gros os que les femmes.

Constituent, en revanche, de caractéristiques de "genre" les exemples suivants :

- Dans la plupart des pays, les femmes gagnent sensiblement moins que les hommes pour un travail similaire.

- Au Vietnam, beaucoup plus d'hommes que de femmes fument, l'habitude de fumer n'étant traditionnellement pas considérée comme convenable pour les femmes.

- En Arabie Saoudite, les hommes ont le droit de conduire une automobile et les femmes ne l'ont pas.

- Presque partout dans le monde, les femmes font plus de travaux ménagers que les hommes »[5].

La sexualité, quant à elle, peut être définie comme l’ensemble des pratiques ou des comportements sexuels accomplis aussi bien par l’individu seul que dans ses rapports avec une ou plusieurs personnes. La sexualité doit ainsi être dissociée de la reproduction biologique[6] de telle sorte que ce n’est pas cet élément « objectif » ou « naturel » qui détermine la valeur de l’acte sexuel mais le vécu subjectif (érotisme, désir, plaisir, etc.) des individus libres, aussi bien vis-à-vis d’eux même que dans leurs rapports consentants avec autrui.

Enseigner à l’école que nous ne sommes pas déterminés biologiquement et que les stéréotypes de genre se trouvent à l’origine des discriminations sexistes et homophobes me semble capital dans la formation des citoyen/nes autonomes.

 

 


[1] H. Hirata, F. Laborie, H. Le Doaré et D. Senotier,  Dictionnaire critique du féminisme, Paris, PUF, 2ème édition 2004.

[2] B. Borghino, Genre et sexe : quelques éclaircissements :http://www.genreenaction.net/spip.php?article3705

[3] Isabelle D. Cherney, Hilary J. Harper et Jordan A. Winter, “ Nouveaux jouets : ce que les enfants identifient comme “ jouets de garçons ” et “ jouets de filles ”, Enfance, vol. 58/2006, PUF, pp. 266-282.

[4] Susan A. Gelman, Marianne G. Taylor  et Simone Nguyen, « Messages implicites ou explicites dans les conversations sur le genre entre mère et enfant », Enfance, vol. 58/2006, PUF, pp 223-250.

[5] http://www.who.int/gender/whatisgender/fr/index.html

[6] La liberté de décider du moment et du nombre d’enfants réduit l’espace de la procréation et la rend marginale dans la vie du couple.

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