Daniel Carré
Dirigeant associatif
Abonné·e de Mediapart

107 Billets

2 Éditions

Billet de blog 8 mai 2008

Commission d’évaluation de la loi Léonetti relative aux droits des malades et à la fin de vie

Daniel Carré
Dirigeant associatif
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.


Le cas Chantal Sébire a profondément remué l’opinion publique. En conséquence, le Premier Ministre a confié à Monsieur Jean Léonetti l’évaluation de la loi de 2005 (n°2005-370 du 22 avril 2005).
Nos conditions de fin de vie posent de très importants problèmes de Santé Publique, où tous les citoyens doivent pouvoir exprimer leur point de vue. Je ne conteste ni la compétence, ni le dévouement des professionnels et experts consultés par la Commission d’évaluation. Je réfute seulement leur autorité à statuer sur mon propre sort, si je suis par malheur confronté un jour à une fin de vie difficile.
La vie m’a été léguée par mes parents. Un don de vie qui est aussi un don de mort, car je n’ai heureusement pas vocation à l’immortalité. La finitude marque mon destin. Je vais prochainement transmettre à mes enfants, petits-enfants, arrière petits-enfants un héritage matériel et immatériel, qu’ils ne porteront pleinement qu’après ma mort, qui fait donc partie de ma vie.
Je revendique en conséquence le droit inaliénable de maîtriser le fil de mon existence.
Je respecte profondément ceux qui refusent, par conviction religieuse ou philosophique, toute action volontaire pour infléchir le fil des évènements qui marquent douloureusement beaucoup de fins de vie. Je leur demande en retour d’entendre mon choix, sans exercer des contraintes juridiques ou morales qui limiteraient ma liberté.
Ma demande est celle du libre choix de clore ma vie. Elle ne s’adresse ni au médecin, ni au juge. Elle concerne le législateur auquel je demande instamment de préserver ce droit, car la loi à une vertu inégalable dans la défense de la liberté du faible et du malade contre le pouvoir des puissants et des clercs.
Je ne demande donc ni un acte de soin, ni un acte médical : j’espère seulement un accompagnement respectueux et affectueux et la mise à disposition de moyens et de protocoles qui permettent aujourd’hui d’exercer dignement cette ultime décision et que malheureusement la loi m’interdit encore de mettre ou de faire mettre en œuvre.
Le pouvoir d’arrêter ma vie ne peut être que ma décision, dont j’admets sans réserve qu’elle doivent s’inscrire dans le fil d’une démarche rigoureusement encadrée.
Je revendique publiquement cette capacité pour moi. Tant que je suis lucide, je refuse de déléguer quelque décision que ce soit sur ma vie. Le médecin propose, je dispose. Je délie ainsi totalement de leur responsabilité médecins et soignants qui ne doivent pas avoir sur leur conscience la charge très lourde de trancher pour un autre. Cette volonté est consignée dans une déclaration écrite de ma main au cas où j’aurais perdu conscience.
Je revendique donc le droit de mourir dans la dignité quand je le voudrai, et surtout la liberté absolue de ne plus vouloir vivre, un jour que j’espère lointain, car j’aime trop la vie.
Nous sommes beaucoup de Français à partager ce point de vue. Je les ai rencontrés sur les marchés où ils étaient très nombreux à signer la pétition de l’ADMD.
La frilosité des politiques devant la position des citoyens est difficile à comprendre. Devant le déferlement médiatique, le gouvernement devait réagir. Il décide une mission d'évaluation de la loi Léonetti. Il la confie...à Monsieur Léonetti, ce qui paraît un choix étonnant ou, si l'on est méchant, une manière d'étouffer les problèmes soulevés.

Cette décision devant être repectée, je souhaite très vivement que la Commission d'Évaluation de la loi Léonetti écoute et confronte le point de vue des soignants et de clercs avec ceux qui ont souffert de décisions institutionnelles intolérables, en particulier Marie Humbert et Paul et Danielle Pierra, ainsi que Gilles Antonowicz, avocat de Chantal Sébire.
Or, jusqu’à ce jour, l’ADMD, Association pour Droit à Mourir dans la Dignité (45 000 adhérents) n’a même pas été admises dans les structures que la Commission va auditionner, la demande du Président Jean-Luc Romero n'ayant pas encore été prise en considération .
Philippe Sollers me fournit une conclusion à mon billet.
« On se battait jadis pour le droit à l’avortement et à la procréation maîtrisée. Désormais logiquement, c’est pour le droit à mourir dans la dignité. Le calvaire de Chantal Sébire a révélé la formidable hypocrisie locale. Quand on n’en peut plus de souffrir et de vivre, pourquoi s’acharner ? Il y a un seul mot pour désigner cette surdité de la loi, celui de sadisme. Inconscient, bien sûr. En toute bonne conscience, bien sûr. »
Philippe Sollers
Euthanasie
Journal du Dimanche 30 mars 2008

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Europe
En Ukraine, des militantes viennent en aide aux « survivantes » de viols de guerre
Un collectif encore très confidentiel de victimes de violences sexuelles dans le Donbass, membre du réseau mondial SEMA, se mobilise en Ukraine pour repérer et accompagner les rescapées des viols commis par les soldats russes. Mediapart a pu les suivre.
par Rachida El Azzouzi
Journal
« Travail dissimulé » : la lourde condamnation de Ryanair confirmée en appel
La compagnie aérienne a été condamnée, en appel, à verser 8,6 millions d’euros de dommages et intérêts pour « travail dissimulé ». La firme irlandaise avait employé 127 salariés à Marseille entre 2007 et 2010, sans verser de cotisations sociales en France. Elle va se pourvoir en cassation.
par Cécile Hautefeuille
Journal
Sur les réseaux sociaux, les jeunes chercheurs obligés de « se vendre »
Précaires et soumises à une concurrence croissante, les nouvelles générations de chercheurs sont incitées à développer leur « marque » personnelle sur Twitter, Instagram voire TikTok. Non sans effets pervers.
par Aurélien Defer
Journal — Santé
Clinea, la psychiatrie très lucrative façon Orpea
Les cliniques psychiatriques Clinea sont la filiale la plus rentable d’Orpea. Elles profitent des largesses de l’assurance-maladie, tout en facturant un « confort hôtelier » hors de prix à leurs patients. Pour les soins et le management, le modèle est un copié-collé du groupe.
par Caroline Coq-Chodorge

La sélection du Club

Billet de blog
Le service public d’éducation, enjeu des législatives
Il ne faudrait pas que l’avenir du service public d’éducation soit absent du débat politique à l’occasion des législatives de juin. Selon que les enjeux seront clairement posés ou non, en fonction aussi des expériences conduites dans divers pays, les cinq prochaines années se traduiront par moins ou mieux de service public d’éducation.
par Jean-Pierre Veran
Billet de blog
par Bésot
Billet de blog
Ce qu'on veut, c'est des moyens
Les salarié·es du médicosocial se mobilisent à nouveau les 31 mai et 1er juin. Iels réclament toujours des moyens supplémentaires pour redonner aux métiers du secteur une attractivité perdue depuis longtemps. Les syndicats employeurs, soutenus par le gouvernement, avancent leurs pions dans les négociations d'une nouvelle convention collective avec comme levier le Ségur de la santé.
par babalonis
Billet de blog
Destruction du soin psychique (2) : fugue
Comment déliter efficacement un service public de soins ? Rien de plus simple : grâce à l'utilisation intensive de techniques managériales, grâce à l'imposition d'un langage disruptif et de procédures conformes, vous pourrez rapidement sacrifier, dépecer, puis privatiser les parties rentables pour le plus grand bonheur de vos amis à but lucratif. En avant toute pour le profit !
par Dr BB