Commission d’évaluation de la loi Léonetti relative aux droits des malades et à la fin de vie


Le cas Chantal Sébire a profondément remué l’opinion publique. En conséquence, le Premier Ministre a confié à Monsieur Jean Léonetti l’évaluation de la loi de 2005 (n°2005-370 du 22 avril 2005).
Nos conditions de fin de vie posent de très importants problèmes de Santé Publique, où tous les citoyens doivent pouvoir exprimer leur point de vue. Je ne conteste ni la compétence, ni le dévouement des professionnels et experts consultés par la Commission d’évaluation. Je réfute seulement leur autorité à statuer sur mon propre sort, si je suis par malheur confronté un jour à une fin de vie difficile.
La vie m’a été léguée par mes parents. Un don de vie qui est aussi un don de mort, car je n’ai heureusement pas vocation à l’immortalité. La finitude marque mon destin. Je vais prochainement transmettre à mes enfants, petits-enfants, arrière petits-enfants un héritage matériel et immatériel, qu’ils ne porteront pleinement qu’après ma mort, qui fait donc partie de ma vie.
Je revendique en conséquence le droit inaliénable de maîtriser le fil de mon existence.
Je respecte profondément ceux qui refusent, par conviction religieuse ou philosophique, toute action volontaire pour infléchir le fil des évènements qui marquent douloureusement beaucoup de fins de vie. Je leur demande en retour d’entendre mon choix, sans exercer des contraintes juridiques ou morales qui limiteraient ma liberté.
Ma demande est celle du libre choix de clore ma vie. Elle ne s’adresse ni au médecin, ni au juge. Elle concerne le législateur auquel je demande instamment de préserver ce droit, car la loi à une vertu inégalable dans la défense de la liberté du faible et du malade contre le pouvoir des puissants et des clercs.
Je ne demande donc ni un acte de soin, ni un acte médical : j’espère seulement un accompagnement respectueux et affectueux et la mise à disposition de moyens et de protocoles qui permettent aujourd’hui d’exercer dignement cette ultime décision et que malheureusement la loi m’interdit encore de mettre ou de faire mettre en œuvre.
Le pouvoir d’arrêter ma vie ne peut être que ma décision, dont j’admets sans réserve qu’elle doivent s’inscrire dans le fil d’une démarche rigoureusement encadrée.
Je revendique publiquement cette capacité pour moi. Tant que je suis lucide, je refuse de déléguer quelque décision que ce soit sur ma vie. Le médecin propose, je dispose. Je délie ainsi totalement de leur responsabilité médecins et soignants qui ne doivent pas avoir sur leur conscience la charge très lourde de trancher pour un autre. Cette volonté est consignée dans une déclaration écrite de ma main au cas où j’aurais perdu conscience.
Je revendique donc le droit de mourir dans la dignité quand je le voudrai, et surtout la liberté absolue de ne plus vouloir vivre, un jour que j’espère lointain, car j’aime trop la vie.
Nous sommes beaucoup de Français à partager ce point de vue. Je les ai rencontrés sur les marchés où ils étaient très nombreux à signer la pétition de l’ADMD.
La frilosité des politiques devant la position des citoyens est difficile à comprendre. Devant le déferlement médiatique, le gouvernement devait réagir. Il décide une mission d'évaluation de la loi Léonetti. Il la confie...à Monsieur Léonetti, ce qui paraît un choix étonnant ou, si l'on est méchant, une manière d'étouffer les problèmes soulevés.

 

Cette décision devant être repectée, je souhaite très vivement que la Commission d'Évaluation de la loi Léonetti écoute et confronte le point de vue des soignants et de clercs avec ceux qui ont souffert de décisions institutionnelles intolérables, en particulier Marie Humbert et Paul et Danielle Pierra, ainsi que Gilles Antonowicz, avocat de Chantal Sébire.
Or, jusqu’à ce jour, l’ADMD, Association pour Droit à Mourir dans la Dignité (45 000 adhérents) n’a même pas été admises dans les structures que la Commission va auditionner, la demande du Président Jean-Luc Romero n'ayant pas encore été prise en considération .
Philippe Sollers me fournit une conclusion à mon billet.
« On se battait jadis pour le droit à l’avortement et à la procréation maîtrisée. Désormais logiquement, c’est pour le droit à mourir dans la dignité. Le calvaire de Chantal Sébire a révélé la formidable hypocrisie locale. Quand on n’en peut plus de souffrir et de vivre, pourquoi s’acharner ? Il y a un seul mot pour désigner cette surdité de la loi, celui de sadisme. Inconscient, bien sûr. En toute bonne conscience, bien sûr. »
Philippe Sollers
Euthanasie
Journal du Dimanche 30 mars 2008

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