Leonetti Claeys : et après ?

Mon dernier billet paru dans le Plus Nouvel Obs.com[1] m'a valu de nombreux commentaires. Certains très pessimistes compte tenu des fuites autour du futur rapport Leonetti Claeys.  La manifestation croissante de la présence des adversaires de tout changement provoque une réaction de crainte que j'estime trop forte. Sur le premier point, nulle surprise. Qui pouvait être naïf pour croire un changement de position de Jean Leonetti, imbus de lui même à cause de sa grande Loi? Le discours des sachants ou experts qui le soutienne n'est pas crédible, car tout le monde voit comment ses parents, ses amis meurent dans la souffrance. Pour quelques 10 000 mort par an Unité de soins palliatifs, 100 000 en soins intensifs, des centaines de milliers de mort se passent dans l'abandon et la souffrance de l'agonie, qui sont largement sous estimés et ignorés.

Mon dernier billet paru dans le Plus Nouvel Obs.com[1] m'a valu de nombreux commentaires. Certains très pessimistes compte tenu des fuites autour du futur rapport Leonetti Claeys.  La manifestation croissante de la présence des adversaires de tout changement provoque une réaction de crainte que j'estime trop forte.

Sur le premier point, nulle surprise. Qui pouvait être naïf pour croire un changement de position de Jean Leonetti, imbus de lui même à cause de sa grande Loi? Le discours des sachants ou experts qui le soutienne n'est pas crédible, car tout le monde voit comment ses parents, ses amis meurent dans la souffrance. Pour quelques 10 000 mort par an Unité de soins palliatifs, 100 000 en soins intensifs, des centaines de milliers de mort se passent dans l'abandon et la souffrance de l'agonie, qui sont largement sous estimés et ignorés.

Ce rapport est une première étape. Certes un rempart contre le changement fondamental de la mort choisie. Mais un rempart fragile. Si, comme le laissent entrevoir les propos de Leonetti, le projet qui va être remis à François Hollande dans quelques heures met en avant le respect de la volonté du malade,  cela signifie que ce respect devrait aussi être celui de la demande d'aide à mourir. Une bataille d'amendement peut faire changer la face des choses au Parlement, comme la proposition de loi préparée par Véronique Massonneau pour la niche parlementaire EELV du 29 janvier. Les propos de Claude Bartolone laissent un certain espoir...

La fragilité du rempart motive les Tugdual Derville et les fanatiques. Leur activisme sur le Web est très visible, mais ne surestimons pas son efficacité. Les arguments déployés pour nous contrer sont très souvent éculés et ne constituent pas des éléments de débat.

  • Halte à l'euthanasie des vieux !!!!! : du délire par rapport à nos propositions.

 

  • Promotion du suicide : certes le terme suicide assisté est ambigüe. Il conviendrait de mettre en avant celui de mort choisie. Mais il a été si largement utilisé pour décrire la situation Suisse qu'il s'est imposé à nous. De plus les Anglo Saxons parlent de Patient Assisted Suicide dans les lois et projets de loi type Oregon. C'est une grave erreur de confondre suicide et suicide assisté. L'un est un geste de désespoir, un raptus entrainant dans le secret un passage à l'acte. C'est l'ultime appel au secours des 10 000 personnes qui se suicident chaque année, mais surtout des 200 000 tentatives de suicides identifiées. L'autre est l'expression d'une volonté répétée et lucide, en accord le plus souvent avec les proches aimés qui entourent le départ de celui qui ne veut plus vivre.

 

  • Quant à "Intouchable", Monsieur Pozzo di Borgo a eu des envies de mort après son accident. Mais ce désir n'a rien à voir avec le passage à l'acte d'une mort choisie qui est accomplie après un long accompagnement. Pour une centaine d'expression d'une envie de mourir, il n'y a au bout du compte qu'une seule mort assistée par la médecine là où c'est possible.

 

  • Enfin quand Axel Kahn dit respecter la volonté de suicide "stoïcien",  mais refuser toute assistance, il perpétue l'inégalité terrible devant la fin de vie qui caractérise notre société moderne. Si vous êtes riche vous allez en Suisse, très riche, l'aide à mourir vient à vous, paumé ou pauvre, vous mourrez dans les souffrances d'une agonie solitaire.


Dans cet affrontement inéluctable, attention de ne pas polémiquer. Trop prendre en compte l'adversaire, c'est le valoriser et  la réplique est un signe de l'importance des positions opposées à la nôtre.

Il faut donc nous préparer à la seconde manche dès maintenant et déployer les bons arguments pour exprimer avec force, conviction et pertinence ce que 96 % des Français souhaitent. Il n'y a pas de temps pour la lamentation...

 


[1] http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1286165-fin-de-vie-oui-au-suicide-assiste-ne-laissons-pas-les-experts-guider-nos-choix.html

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