L’Ordre et la Sédation

Le communiqué publié le 14/2 par le Conseil National de l’Ordre de Médecins (CNOM) s’est traduit dans les médias par « les médecins Français acceptent l’euthanasie ». Enfin, c’est ce qu’avait compris ma délicieuse employée de maison portugaise, toute heureuse de me l’annoncer ! Un joli message de Saint Valentin ?

Le communiqué publié le 14/2 par le Conseil National de l’Ordre de Médecins (CNOM) s’est traduit dans les médias par « les médecins Français acceptent l’euthanasie ». Enfin, c’est ce qu’avait compris ma délicieuse employée de maison portugaise, toute heureuse de me l’annoncer ! Un joli message de Saint Valentin ?

 

En écoutant la radio, je comprends alors que le CNOM se ralliait à la proposition phare du Professeur Didier Sicard : la sédation en phase terminale pour aider à mourir des malades en situation d’impasse thérapeutique qui expriment cette demande. Pour faire court donc un peu caricatural : l’aménagement de la Loi Leonetti, de préférence sous forme de bonnes pratiques professionnelles. C’est à dire aucune avancée concernant le droit du malade, mais seulement une prise en charge par le médecin de sa souffrance. Réaction d’humeur, alors que le communiqué de presse de l’ADMD ironise à juste titre sur la découverte, huit ans après, du « double effet » prévu par la Loi du 22 avril 2005.

 

Prenant connaissance ce matin de tous les détails des informations diffusées par le CNOM, je réalise que l’arbre cachait la forêt. Les données qui ressortent de l’enquête IPSOS sont passionnantes.

 

Les médecins globalement ne connaissent pas la Loi Leonetti. Est-ce à dire que ce sont des ignorants ? Que nenni, ils ne prennent pas en considération une Loi qui ne les aide pas dans leurs décisions devant les malades qui agonisent. C’est un objet sans intérêt pour des praticiens confrontés aux prises en charge de la mort.

 

Il y a trois mois, le numéro 494 de Population et Société, la revue de l’INED, publie une étude sur les décisions médicales en fin de vie. Une décision médicale a pu hâter la mort dans plus d’un cas sur deux, de manière encore plus massive pour les cancéreux pour lesquels 77% des traitements en phase terminale ont pour finalité les conditions de fin de vie, toutes décisions prises avec peu de relations avec la Loi Leonetti. Plus étonnant encore, les médecins déclarent qu’en moyenne il y a 1% d’aide active à mourir, 2% pour les cancéreux. Qu’est-ce sinon des euthanasies ? Constat factuel que je rappelle pour ramener la réalité dans le débat.

 

L’enquête IPSOS publiée par le CNOM consolide ces résultats : l’euthanasie « active » reçoit l’aval de 60% des médecins sondés.[1] Un résultat extraordinairement important : l’opinion des soignants rejoint celle des citoyens.

 

Ce sondage corrobore les innombrables discussions que j’ai eues avec les personnels de santé qui, pour la plupart, sont ouverts à l’assistance médicale à la fin de vie, contrairement aux déclarations péremptoires de caciques dans les médias.

 

Je considère que nous sommes arrivés à un changement paradigmatique sur la prise en charge de la fin de vie. La société doit aborder dans la sérénité la mise en place des dispositions législatives correspondantes. Cela nous concerne tous.

 

 

 


[1] Je vous renvoie à l’excellente analyse de ce sondage par Laetitia Clavreul dans le Monde daté du 16/2 ainsi qu’à l’interview du Président de MG France

 

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