Choisir de mourir en Suisse

Nicole Boucheton a publié sur Internet une lettre ouverte posthume le 7 août dernier pour annoncer son suicide assisté à Life Circle[1] en Suisse. Elle est partie en douceur, sereine, entourée de proches. Sa forte détermination révèle un geste réfléchi. Sa déclaration publique est l’acte militant très fort de la Vice-Présidente de l’ADMD. Son destin constitue un émouvant et vibrant plaidoyer pour la mort choisie.

Nicole Boucheton a publié sur Internet une lettre ouverte posthume le 7 août dernier pour annoncer son suicide assisté à Life Circle[1] en Suisse. Elle est partie en douceur, sereine, entourée de proches. Sa forte détermination révèle un geste réfléchi. Sa déclaration publique est l’acte militant très fort de la Vice-Présidente de l’ADMD. Son destin constitue un émouvant et vibrant plaidoyer pour la mort choisie.

Samedi 23 août au matin, un débat de médecins sur France Culture et le billet d’un étudiant en médecine dans le Figaro.fr contre la légalisation du suicide assisté, parlent de la lettre de Nicole, tout ce qu’elle souhaitait.

Il y a quelque mois, un médecin d’un grand centre anti cancéreux réputé s’étonnait devant moi que certains de ses patients choisissent de mourir en Suisse plutôt qu’en soins palliatifs. Il s’indignait qu’un patient ait envoyé un SMS à son oncologue quelques minutes avant son suicide assisté. Sa perplexité traduisait un grand désarroi.

De quelle nature est la mort choisie par suicide assisté? Le terme de suicide convient-il pour un acte ouvert et réfléchi lors des dialogues avec des proches ou des écoutants ? Des témoignages innombrables montrent que cette mort est annoncée aux êtres aimés qui pleurent d’autant plus votre départ qu’ils saluent votre délivrance. Tout le contraire d’un geste désespéré et irrémédiable qui surprend par sa brutalité tous les proches.

Devant la mort prochaine annoncée, quelle sera ma réaction : m’en remettre à des soignants dévoués qui apporteront les bons soins palliatifs ou refuser les derniers instants de vie, pour moi et pour ceux que j’aime, en choisissant le moment et la modalité de ma mort entouré des miens ? Devant ma mort prochaine inéluctable, quelle sera la position de mes soignants : mettre en œuvre leur savoir faire palliatif ou entendre la demande d’assistance à mourir que j’exprime ? Je prépare mes réponses à ces questions, même si j’ignore les circonstances dans lesquelles j’aurais effectivement à y répondre. Je dialogue dès maintenant avec mes médecins, qui connaissent mes valeurs et mes options, car ils ont mes directives anticipées.

Depuis la loi du 4 mars 2002, le consentement aux soins est un droit. Il s’applique aux soins palliatifs. Si la demande est un accompagnement vers la mort, entendre et comprendre constituent pour le médecin une lourde charge, qui est inhérente à la mission qui est la sienne. Il peut alors se retirer et ce droit lui est accordé sans qu’il ait à se justifier. Par contre la connaissance qu’il a sur le pronostic d’évolution du mal de son patient ne lui ouvre aucun droit sur le choix de celui-ci.

Plutôt que l’affrontement juridique et les arguties bio-éthiques, n’est-il pas enfin temps d’admettre que la décision de celui qui va mourir soit entendue par les soignants. Pour  qu’elle soit bonne et sure, la mort choisie implique le respect de protocoles stricts, que seuls des médecins peuvent définir et que seuls des professionnels de santé peuvent respecter. Trop de personnes meurent mal, trop d’obstinations déraisonnables sont pratiquées, trop de vies se prolongent au delà du souhaitable. Une loi encadrant la mort choisie est nécessaire. Son application se fera autour d’un accord profond entre le médecin et son patient, telle est ma conviction.

Les voix des opposants à ce choix de société inéluctable n’entendent ni les témoignages, ni les pétitions, ni les sondages, ni les conclusions de la conférence citoyenne réunie par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) qui à l’unanimité a demandé le 15 décembre 2013 que le suicide assisté soit autorisé.

 


[1] http://www.change.org/p/pour-une-loi-sur-le-suicide-assist%C3%A9-en-france-en-2014-findevie

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