DANIEL CAUVIN (avatar)

DANIEL CAUVIN

Abonné·e de Mediapart

22 Billets

0 Édition

Billet de blog 2 avril 2015

DANIEL CAUVIN (avatar)

DANIEL CAUVIN

Abonné·e de Mediapart

Un homme digne de ce nom n'abandonne pas sa femme qui se noie...

DANIEL CAUVIN (avatar)

DANIEL CAUVIN

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Même s'il affronte la meute des créanciers lancée à leurs trousses par sa faute... 

Le téléphone a sonné ce matin-là, c'était Cofidis qui se rappelait à mon mauvais souvenir... Avais-je l'intention de régler ma dette ? J'ai expliqué à mon interlocuteur qu'il n'en était pas question. Car je n'étais pas le signataire des contrats de prêts allégués. C'est ce qui ressort du jugement rendu le 3 mai 2010 par le tribunal d'instance d'Evry. En effet, c'est ma femme qui a signé ces contrats, soit sous son seul nom, soit en imitant ma signature. Curieusement, ce professionnel de la finance semblait ignorer l'existence même de ce jugement, pourtant notifié à tous les créanciers... Il m'a demandé si je m'étais séparé de mon épouse et si j'avais déposé plainte contre elle pour faux et usage de faux... Je lui ai répondu que je n'y avais même jamais songé, à aucun moment, car elle était pour moi une victime et il ne fallait pas l'accabler ni lui enfoncer la tête sous l'eau...

Au contraire, je m'étais consacré à notre sauvetage commun, m'efforçant, grâce à mes compétences de juriste, d'écarter les crocs des molosses qui s'acharnaient sur nous... Il m'a rétorqué que j'excusais trop facilement mon épouse, que la première venue pouvait s'abriter derrière l'influence de la publicité invasive et persuasive pour se dédouaner de ses responsabilités. Quand on n'en avait pas les moyens, il fallait s'abstenir de dépenses inconsidérées, ne pas multiplier les cartes de crédit et restreindre son train de vie... J'ai eu beau jeu de lui répliquer qu'il n'y avait pas seulement un environnement vous incitant à la dépense, mais aussi et surtout les pratiques abusives des sociétés de crédit qui vous poussaient à vous endetter et puis s'en lavaient les mains...

Mais l'argument massue, en faveur de mon épouse, c'était qu'elle disposait d'une excuse absolutoire, car son cas particulier différait du commun des mortels, elle n'était pas Madame Tout-le-Monde. En effet, ses dépenses étaient liées à un état pathologique attesté par un psychiatre, entraînant des dépenses compulsives irraisonnées et déraisonnables... Plus prosaïquement, la fièvre acheteuse ! Tellement caractéristique de notre époque que trois chansons portent ce même titre, interprétées par Les Glochos (2004), Amandine Bourgeois (2009) et Magali Vaé (2015).

En outre, ce qui discrédite le prêteur, c'est que mon épouse ne disposait d'aucune source personnelle de revenus lorsqu'elle a souscrit ces crédits ! Sans oublier, enfin et surtout, que le crédit revolving, comme l'ont déclaré des juges d'instance, représente une véritable arnaque (cités par Emmanuel Carrère dans " D'autres vies que la mienne", P.O.L. 2009). En effet, c'est un revolver pointé sur la tempe de l'emprunteur car il institue, par le jeu des intérêts composés capitalisés, la dette perpétuelle... Vous êtes happé dans un engrenage inexorable dont vous n'arrivez plus à vous extraire... 

Le choix des mots n'est pas innocent, plutôt que de "surendettement" dans le cas de mon épouse, parlons plutôt, comme le suggère Joseph E. Stiglitz, prix Nobel d'économie, de "surfinancement". La responsabilité n'est plus dès lors du côté du débiteur, emprunteur dépensier et irresponsable, mais du côté du prêteur, qui n'a pas vérifié la solvabilité de l'emprunteur... ( in " Un autre monde, contre le fanatisme du marché ", Fayard, 2006). Agacé, s'impatientant, mon interlocuteur ne m'écoutait plus, il ne souhaitait plus poursuivre notre entretien, il avait du travail et son temps lui était compté... Et le temps, comme on le sait, c'est de l'argent... Les professionnels de la finance ne sont pas disposés à le perdre... Avant tout, c'est la rentabilité qui compte !

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.