BNP PARIBAS, LA BANQUE VAUTOUR QUI NE LÂCHE PAS SES PROIES, MÊME LES PLUS PETITES !

Après l'échec de sa tentative de saisie-attribution sur notre compte bancaire, l'huissier, bras armé de la banque, engage une procédure de saisie-vente de notre mobilier...

Il n'y a ni justice ni liberté possibles lorsque l'argent est toujours roi. (Albert Camus)

Coup de tonnerre dans un ciel serein...

Par lettre du 24 février 2016, notre banque, le Crédit Agricole d'Ile-de-France, informe mon épouse, et elle seule, qu'elle a reçu, le 19 février 2016, un procès-verbal de saisie-attribution la concernant, pratiqué par une étude d'huissiers de justice située à Dreux (Eure-et-Loir). Tenez vous bien pour ne pas avoir le vertige, le montant réclamé atteint l'extravagante somme de 13 566,67 euros, soit un total faramineux pour notre petite bourse !  Puisqu'il s'agit d'un compte joint, au nom de Monsieur et Madame. La banque précise qu'elle ne peut donner une suite positive à cette demande ( on s'en doute ! ), faute de disponibilité suffisante sur le compte. Toutefois, elle l'invite à prendre contact avec l'huissier afin de lui faire part de ses difficultés et d'étudier avec lui une solution adaptée... Dès réception de ce courrier, je téléphone à son étude pour obtenir des explications puisque ni mon épouse ni moi ne savons de quoi il retourne... Mon interlocutrice m'informe que la procédure a été engagée pour le compte de BNP PARIBAS, en application d'une ordonnance d'injonction de payer, consécutive à un crédit revolving. Cette injonction de payer est bizarrement exhumée de la naphtaline puisqu'elle remonte à l'année 2010 ! Cela étant, mon interlocutrice ne veut pas dialoguer avec moi, c'est mon épouse la débitrice, c'est elle seule qui l'intéresse... Ma femme, qui est présente, me relaie au téléphone. Après un échange animé, elle refuse d'accepter l'échéancier de paiement que sa correspondante veut nous imposer d'autorité, avec des mensualités d'un montant de 195 euros, pour un nombre d'années indéterminé !... Voyant que mon épouse est intraitable, elle finit par lui raccrocher au nez... 

Le refus de payer un arnaqueur...

Pourquoi mon épouse a-t-elle refusé la solution amiable ?  Parce qu'elle estime qu'elle a été abusée par une société de crédit, à savoir Laser Cofinoga, que l'insatiable BNP PARIBAS a fini par absorber... Parce qu'elle ne veut pas m'imposer de rembourser un crédit qu'elle seule a contracté alors qu'elle ne dispose d'aucune source de revenu, ce qui discrédite le prêteur qui ne devrait pas s'étonner de se heurter à une créance irrécouvrable...  Enfin, et surtout, dûment chapitrée par moi-même, auteur de 18 billets sur les dérives  de la finance, elle estime que le crédit revolving, comme l'ont déclaré des juges d'instance, représente une véritable arnaque (cités par Emmanuel Carrère dans " D'autres vies que la mienne", P.O.L. 2009). En effet, le crédit renouvelable, c'est quasiment un hold-up, revolver pointé sur la tempe de l'emprunteur. Pourquoi ? Parce qu'il institue, par le jeu des intérêts composés capitalisés, la dette perpétuelle... Vous êtes happé dans un broyeur, un engrenage inexorable et fatal s'enclenche, dont vous n'arrivez plus à vous extraire... Certains y ont même laissé leur vie, comme Claudine Snegg (48 ans et quatre enfants) qui s'est pendue le 27 août 2009 (cf. Mort à crédit, le prix de l'engrenage, Libération, 30 décembre 2010). Sur ces vies gâchées par les crédits à la consommation, le réquisitoire le plus accablant que je connaisse, et ce n'est guère surprenant, émane d'ailleurs d'un huissier, Maître Philippe FIX (cf. chapitre intitulé "Le piège des crédits à la consommation", in SOS HUISSIER, comment vous défendre, Editions du Rocher, 2010).

Arnaqueur et faux-monnayeur !

Lors de notre échange de vues au téléphone, la collaboratrice de l'huissier essaya de me persuader qu'il fallait toujours payer sa dette. Si vous aviez prêté de l'argent à un ami et qu'il ne veuille pas vous le rendre, comment le prendriez-vous ? fut en substance son argumentation. Mais, comme je me proposais de lui expliquer pourquoi son exemple n'était pas pertinent, elle me raccrocha au nez... Et pourtant elle avait tout faux car la situation d'une banque n'est pas comparable à celle d'un particulier. Elle n'est pas réellement lésée si vous ne la remboursez pas !  Comment cela est-il possible ?  

Privilège exorbitant, le saviez-vous, les banquiers créent de la monnaie et donc de la dette à partir du néant ! Un véritable tour de passe-passe !  " Elle est [la monnaie] en quelque sorte un instrument d'intérêt public. Sauf que, dans la réalité, la monnaie a fini par être créée essentiellement par les banques privées. Comment cela se peut-il ?  Voici une citation extraite d'un document de la Banque de France en 1971 : " Les particuliers ont du mal à comprendre que les banques aient le pouvoir de créer de la monnaie. Pour eux, une banque, c'est un endroit où il déposent de l'argent en compte et c'est ce dépôt qui permettrait à la banque de consentir un crédit à un autre client. Les dépôts permettraient les crédits. Or, cette vue n'est pas conforme à la réalité, car ce sont les crédits qui font les dépôts. " Alors ça, on comprend que ça vous en bouche un coin, nous-mêmes avons eu du mal au début : " Le crédit fait le dépôt... ! " Cela veut dire que la somme que prêtent les banques ne correspond absolument pas à ce que les clients ont déposé sur leur compte. Mais que c'est en accordant un prêt que la banque peut créer de la monnaie, grâce à une mécanique sophistiquée qui lui permet ce tour de magie. Pas encore assez clair ? Bon, c'est sûr, c'est tordu... Essayons donc de regarder au ralenti ce qui se passe quand, par exemple, vous allez à la banque pour lui emprunter 40 000 euros. [...] Arrive le moment de la signature. A la fin de la dernière lettre de votre nom, le banquier appuie sur une touche "enter" de son ordinateur et aussitôt... les 40 000 euros apparaissent. Avant le clic, ils n'existaient pas, après le clic ils sont sur votre compte, c'est magique. Votre banque vient de créer de la monnaie. L'élément le plus concret de cette histoire, c'est que vous allez bosser pendant des années pour rembourser cette dette. " (Extrait de " On marche sur la dette " par Christophe Alévêque et Vincent Glenn, p. 41 à 43, Editions de La Martinière, 2015).

Ce stupéfiant modus operandi a été dénoncé par Maurice Allais, prix Nobel d'économie, qui écrivait : « Par essence, la création monétaire ex nihilo que pratiquent les banques est semblable, je n'hésite pas à le dire pour que les gens comprennent bien ce qui est en jeu ici, à la fabrication de monnaie par des faux-monnayeurs, si justement réprimée par la loi. Concrètement elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents » ( in "La crise mondiale d'aujourd'hui, pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires", Editions Clément Jugar, 1999).

Vous n'avez rien ?  donnez-moi des sous ! 

Ces hommes et cette femme, que mon épouse fut contrainte de recevoir, ils étaient quasiment tous vêtus de noir, comme des corbeaux... C'était donc le 2 mars 2016, soit quelques jours seulement après le fâcheux entretien téléphonique relaté précédemment... On ne traîne pas quand il s'agit de mettre la pression sur les petites gens pour recouvrer des créances... Et malheureusement pour mon épouse, j'étais absent, je faisais des courses dans le centre-ville, à pied car nous n'avons pas de voiture. Ma femme eut donc à supporter seule cette intrusion d'un huissier, Maître DOIZY, accompagné d'un serrurier (qui n'eut pas à intervenir) et de deux témoins. L'huissier était venu signifier à mon épouse un commandement de payer la somme réclamée par BNP PARIBAS, soit 13 287,22 euros (une somme pas exactement identique à celle de la banque). Ma femme souligna que le commandement de payer s'adressait à elle seule, ad personam, et non pas à son époux. Or, elle put déclarer qu'elle ne travaillait pas et ne percevait aucun salaire, ni pension ou allocation quelconque... Elle ne disposait donc d'aucune ressource personnelle... Mais de quoi donc vivez-vous ?  De la pension de retraite de mon mari, lui répondit-elle. Et si je lui survis, s'il décède avant moi, le plus tard possible, je vivrai de la pension de réversion. Là dessus, l'huissier, un homme corpulent, se mit à souffler fort... Ma femme se méprit, crut qu'il connaissait les prémices d'un malaise... Vous n'allez pas me faire une crise cardiaque, je ne vais pas devoir appeler le SAMU ironisa-t-elle. En réalité, à mon sens, l'huissier était indisposé car il constatait qu'il n'avait aucune prise sur mon épouse et que sa deuxième tentative de saisie financière était vouée à l'échec... Le créancier ne serait pas satisfait, c'est le moins qu'on puisse dire ! Il n'aurait rien à se mettre sous la dent... et devrait payer les frais d'huissier !

Au royaume du père Ubu, on saisit vos meubles... 

Mais n'oublions pas la pompe à phynance du père Ubu ! Faute de paiement de la somme due, un état des biens meubles saisis fut dressé. Je n'infligerai pas au lecteur le détail de cet état... Qu'il sache seulement qu'il ne comportait que des biens d'une valeur dérisoire. Dès lors, il est judicieux de rappeler les observations en la matière d'un huissier mieux avisé que Maître DOIZY :  "Il y a dix ans, l'huissier saisissait les meubles, le poste de télévision et la chaîne stéréo, parfois le congélateur. Aujourd'hui, le déménagement de ces biens coûte plus cher que leur revente. Combien vaut un poste de télévision en salle des ventes ? Quelques dizaines d'euros tout au plus. Les meubles sont tous en aggloméré. Les voitures sont achetées en leasing. D'une manière générale, tout ce qui touche à l'électronique se déprécie à la vitesse des innovations. " A peine acheté et déjà obsolète" pourrait être le slogan  de l'objet qui fait rêver le consommateur. Dans la réalité, avec un peu d'humour, on peut se dire qu'il n'y a que le crédit qui résiste au temps. Pas ce à quoi il est employé. C'est en tout cas ce que l'on apprend à la lecture de 80 % de mes cotes." ( op.cit. p. 41). 

En outre, il faut le savoir, un huissier, s'il constate que les meubles ne représentent qu'une valeur insignifiante, peut dresser un procès-verbal de carence... Pourquoi donc s'est-il acharné à poursuivre la procédure ?  Pour montrer au créancier qu'on ne lâche pas sa proie ?  Mais celui-ci aura le dernier mot en décidant si les meubles seront réellement saisis et vendus aux enchères... Espérons qu'il reculera devant le ridicule, qu'il se délestera  du crochet à phynance du père Ubu... Mais c'est sans doute l'aspect non rentable de l'opération qui l'en dissuadera car, en dernière analyse, c'est toujours le gain qui motive le banquier... 

(Addenda : cet article a été rédigé quelques jours après l'irruption de l'huissier à mon domicile. Je le lui ai communiqué, ainsi qu'au créancier. Le 25 mars 2016, j'ai téléphoné à l'étude de l'huissier et j'ai appris que le dossier avait été refermé, clos, et retourné au créancier, donc sans poursuivre plus avant la procédure... )

 

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