Il n'y a pas que google et chat GPT dans la vie, il y a Rafowicz aussi.
On te dit que Tsahal, l'armée d'Israël, est "la plus morale du monde", et tu as un doute quand tu vois des images d'enfants morts à Gaza.
Si tu interroges Chat GPT, dans sa grande clairvoyance algorithmique, il te mélangera le mot "génocide" avec celui de "puissance militaire", et formera une perle de mots avec sécurité et légitime défense. Un truc à te faire douter davantage, même sous le règne du en même temps.
Mais voilà, il existe la parade infaillible au doute et à l'incertitude, l'application Rafowicz pour journalistes.
Tu peux te la procurer sans difficultés sur tous les sites de chaînes d'info qui ne se respectent pas.
Rafowicz te dira sans hésiter ni sourciller un instant, que Tsahal, son patron et créateur, est l'armée "la plus morale au monde", et ajoutera même, pour se protéger des dénégations concurrentes, que "si cela n'était pas vrai, cela se saurait".
Ainsi, face à cette tactique dite du "pot de confitures", qui consiste à attirer des êtres affamés pour s'entraîner au tir dessus, tactique qui fut en son temps un passe-temps nazi à Varsovie, donc pas nouvelle, l'application Rafowicz te dira en français que "cela ne se peut à Gaza" et que si "cela était arrivé, cela se saura".
A voir la tête du bouffi animant le plateau TV de service public, l'application rassure et vaut la peine d'être utilisée pour dissiper "les fausses accusations fantaisistes de soldats israéliens voulant nuire à Israël". Chacun-e fera comme il voudra, pensera ce qu'elle voudra, mais l'application renvoie dans les cordes les "ennemis d'Israël", et fera figurer bientôt ces "accusations mensongères", dans la longue liste des "actes et propos antisémites". Fermez l'application, l'info s'éclaire.
Encore un grand moment de télévision, lors d'un dimanche de juin caniculaire, regardé au frais, par lassitude.
Et, hasard des programmations, lorsqu'on vient de regarder sur une autre chaîne, une série de documents en noir et blanc des années 60, déclinant des témoignages de rescapées des camps de la mort sur fond d'images de corps décharnés, et qu'on tombe après sur l'application Rafowicz en uniforme, on se remémore vite les paroles de l'une des femmes de Ravensbruck "même aujourd'hui, un génocide est toujours possible. Le fascisme n'est pas mort". Mais il faut quand même, par esprit de vérité, énoncer que celle-ci n'était pas d'extrême droite, donc possiblement "antisémite". Fermez le poste.
Oui, les uniformes changent, mais la bête reste vivante. Elle bougeait bien encore lorsqu'en 1948 on déportait à nouveau des Juifs rescapés vers Chypre, sous prétexte de protectorat anglais, et lorsque ces mêmes rescapés furent niés dans leurs souffrances, et enrôlés dans les milices sionistes, pour aller casser du Palestinien, "en trop" sur le nouveau territoire. L'application Rafowicz puise ses premiers algorithmes dans cette période, et les a complété un certain mois d'octobre.
"Rafowicz, dessines moi un mouton"
"Attends, j'en enfume encore quelques uns, et je suis à toi. En attendant, demande à Retailleau !"