L’impeccable profil d’Hubert

Il entraîne l’équipe qui mène le championnat de Ligue 1. Et personne n’arrive à valoriser son apport, à souligner sa valeur, à évoquer ses idées ni à décrire sa personnalité.

Il entraîne l’équipe qui mène le championnat de Ligue 1. Et personne n’arrive à valoriser son apport, à souligner sa valeur, à évoquer ses idées ni à décrire sa personnalité. Le Mister (comme on le dit en Italie) demeure un mystère. Il reste discret, humble et calme. Hubert Fournier réussit l’exploit de faire évoluer son équipe  dans un registre souvent chatoyant, technique et offensif. Avec succès. A Reims hier. A l’Olympique Lyonnais aujourd'hui . Sans avoir l’air d’y toucher. Sans démonstration excessive. Avec calme. Avec classe. Avec des mots simples.

Son explication du nul (0-0) à Monaco sidère par sa simplicité : « On ne venait pas pour tendre l’autre joue. On s’était déjà fait contrer en Coupe de la Ligue. On a fait preuve d’intelligence. » Ce qui s’appelle du sens tactique. Sans esbroufe. Pragmatique. Avec réalisme. En acceptant l’idée qu’il faut que les deux contradicteurs apportent du panache pour avoir un bon match.Tant pis pour nous.

J’ai entraîné Hubert au Stade Malherbe de Caen pendant 3 ans (90-93). Travailleur, sérieux, disponible, toujours d’égale humeur, le défenseur central démontrait technique affûtée, sens tactique, jeu de tête dominateur et esprit d'équipe qu'il pratiquait jour après jour, sans se lasser. Seul un manque de vivacité le mettait parfois en difficulté. S'il n'avait pas le temps de s'organiser, il pouvait souffrir. Et comme il n'avait pas recourt à la méchanceté (je lui aurais presque reproché et j'en ai honte), il ne correspondait pas complètement au stéréotype du poste. 

Il ne colle pas non plus aux clichés de la fonction d'entraîneur, ni à mon image du chef ou à celle que la société a voulu m'inculquer. Et encore moins à celle que décrit Lydie Salvayre dans son merveilleux livre "Pas pleurer": « Il faisait montre de qualités qu’il pensait  être des qualités inhérentes aux chefs : l’impatience, le laconisme et une humeur chroniquement atrabilaire. » Il étonne. Il détonne. Il désarçonne par son humilité. Et son parler vrai.

Dans une période difficile, Jean-Michel Aulas, président Lyonnais, a choisi des mentors soft, soupçonnés d'un manque de caractère. Après Rémi Garde, Hubert Fournier. Et ça marche. Il nous faudra réviser nos à priori au sujet des attributs indispensables aux leaders.

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