Cavani, la panne du buteur

Attaquant, j’ai marqué 100 buts en championnat suisse et 25 en championnat de France. Plus quelques-uns dans différentes coupes et sélections en une dizaine d'années d’activité, pour une moyenne d’une douzaine de réalisations par an. Jamais je ne me suis senti investi uniquement dans le rôle du goalgetter (je préférais le jeu au grand large) mais j’ai galvaudé assez d’opportunités pour ne pas jeter la première à Edison Cavani, qui sur le total de sa carrière, marque 1 but tous les 2 matchs.

Entraîneur, au contraire du journaliste qui donne des notes, j’ai toujours préféré un attaquant qui rate des occasions à celui qui n’en loupe pas, parce qu’il n’en a pas. Car tu ne sais pas expliquer grand-chose de concret à qui ne se trouve jamais au bon moment au bon endroit. Qu’il doit aller dans la surface de réparation s’il veut scorer. Qu’il doit anticiper l’intention de son partenaire (ce qui est très flou), qu’il doit échapper au marquage de l’adversaire et doit rester constamment en mouvement près du but.

Quand il rate son duel avec le gardien, tu peux analyser sa stratégie et la technique utilisée pour battre l’homme ganté. Tu peux travailler l’approche théorique et le geste idoine et précis. Et le répéter souvent à l’entraînement. Pour les améliorer et les sécuriser, pour se familiariser avec des situations chaque fois différentes, pour surmonter le stress du moment décisif. Pour s’habituer à réussir.

Le choc entre l’OL et le PSG (1-1) s’est déroulé à l’inverse du bon sens. Ce qui rend le football inimitable. Lyon a concrétisé sa seule occasion par un footballeur inexpérimenté, N’Jie. Paris n’a transformé qu’une de ses 7 opportunités par des joueurs connus mondialement. David Luiz a trop décroisé sa tête de près. Ibrahimovic a dévié trop faiblement deux centres de la tête (le front n’est pas sa meilleure surface de frappe) et raté un penalty, avant de le marquer et de réduire le score. Cavani a échoué contre Lopes à la suite d’une volée placée (difficile), d’un tir renvoyé (pas assez croisée) et d’un 1 contre 1 mal négocié (lob queuté). Seul le dernier échec mérite le reproche. Par manque de sang-froid, de précision technique et de lucidité, Edison a failli. Peut-être aussi par méconnaissance de caractéristique de l’ultime rempart lyonnais, sorti très vite à sa rencontre.

Comme un pianiste, un buteur doit faire ses gammes. Pour sécuriser les gestes individuels. Pas sûr que les footballeurs engagés sur tous les fronts avec trois matchs dans la semaine ont, ou prennent le temps de la répétition.

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