Les pouvoirs et l'audiovisuel public

 Après la création de l'ORTF , télévision nationale mais sous tutelle gaullienne les pouvoirs n'ont cessé d'intervenir dans le fonctionnement de l'audiovisuel public . Pompidou demandait à ses journalistes d'être la voix de la France . Giscard a éclaté l'ORTF sous le prétexte d'économies et de meilleur fonctionnement . Le résultat de la création de sept sociétés indépendantes a été une augmentation des effectifs . Mitterrand aurait voulu libérer cette télévision de la tutelle de l'état en instaurant la Haute Autorité , mais plus tard il placera ses amis André Rousselet et Antoine Riboud à la tête de Canal plus et de la cinquième chaîne . La droite à la faveur des cohabitations nous donnera la sixième chaîne et privatisera la première . 

A chaque alternance on voulait masquer l'enjeu des innovations qui demeurait de pouvoir exercer un contrôle sur l'information . Ce souci s'est presque toujours heurté à une résistance plus ou moins forte des professionnels de l'information . Il était d'autant plus ridicule que bien souvent lorsque l'information se trouvait sous sur surveillance , les programmes , et en particulier la fiction , affichaient une relative indépendance . C'est sous les septennats de de Gaulle , Pompidou et Giscard que pouvaient s'exprimer librement les meilleurs réalisateurs , dont une majorité étaient communistes ou de gauche ou un peu anarchistes comme Averty , pour nous donner d'excellents programmes souvent subversifs . Les censeurs gardaient les yeux rivés sur les Informations .

En cette matière comme d'autres les socialistes ont réussi à faire émerger des résultats à l'opposé des buts recherchés ou hypocritement affichés . C'est ainsi que Catherine Tasca a affaibli les moyens des deux chaînes publiques , France 2 et France 3 en limitant leur capacité de production propre à 30% et 60% . Magnifique cadeau qu'elle faisait aux producteurs privés qui devenaient producteurs exécutifs et empochaient les éventuels résultats et les avances sur recettes . Ces décrets continuent à réduire les moyens de production de l'audiovisuel public qui ont vu leurs recettes publicitaires amputées par Sarkozy .

Ces sociétés souffrent aussi d'un ennemi intérieur redoutable qui est la bureaucratie . De nombreux responsables de production ne sont pas à la hauteur et c'est vrai jusqu'à la présidence de France Télévision . Mais ce n'est certainement pas en restreignant les budgets de ces sociétés que Macron pourra les dynamiser . En revanche il pourrait se révéler bénéfique de redéfinir leurs missions dans le souci d'une recherche de qualité plus exigeante que celle des chaînes privées . Et ce n'est certainement pas en voulant concurrencer ces dernières sur leur propre terrain . Par exemple pour quelles raisons participeraient-elles aux batailles d'enchères pour des événements sportifs sur lesquels elles n'apporteraient rien de plus .

Un petit rappel : à sa création la redevance télévisuelle a été fixée au tarif d'un timbre par jour . Et à l'époque il n'y avait qu'une seule chaîne . Même si elle contribue aussi à affaiblir notre pouvoir d'achat il faut reconnaître qu'elle a diminué en proportion de ce qu'elle offre aujourd'hui . Ce devrait être un choix démocratique à faire . Voulons nous un ensemble de télévisions gratuites aux mains des seuls annonceurs ou voulons nous garder une télévision publique payée par nous et répondant à des critères exigeants définis démocratiquement ?

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