Alain Juppé lauréat du conservatoire

Juppé commediante , tragediante .

J’en suis encore tout retourné . « invitus invitam dimisit ; ou il la renvoya malgré lui malgré elle » (tacite) . Alain Juppé a su mettre en scène sa séparation d’avec sa chère ville de Bordeaux au niveau d’une tragédie de Racine . On n’est pas près d’oublier la montée des larmes , le silence et le « aidez moi » final . Du grand art . Même au conservatoire on ne vous l’enseignerait pas . Il faut bien quarante deux ans de pratique de la vie politique pour atteindre ce niveau de perfection . Si Titus peut quitter Bérénice au nom de la raison d’état Juppé aura beaucoup de mal à nous faire croire que c’est pour la même raison qu’il abandonne sa cité tant aimée . Comment comprendre qu’à soixante trois ans en ayant largement dépassé l’âge de la retraite il s’engage pour une nouvelle aventure , il faut le dire sans grand risque , mais tout de même gratifiée de 16200 euros mensuels . A la suite de ses ennuis avec la justice , en couverture sans doute de Chirac , il n’avait déjà pas supporté de rester un an sur le banc de touche et avait intrigué pour obtenir un poste au Canada . La vie publique semble devenir une drogue pour certains . A l’heure du grand débat il est important de se poser enfin la question de la limitation de l’ensemble des mandats publics en temps et en nombre . Cette exigence nous mettrait à l’abri de ce qui restera un mauvais exemple et moralement pour Juppé le mandat de trop .

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