Ruquier ou la brosse à reluire

Invité à présenter son film sur les gilets jaunes dans le cadre de l’émission de Laurent Ruquier François Ruffin aura pu constater que le calme régnait à France Télévision et que les serviteurs du pouvoir étaient bien au garde-à-vous . Sous un faux air de liberté de penser l’amuseur Ruquier s’est révélé une fois de plus sous son vrai jour de défenseur inconditionnel du pouvoir en place . Avec Ruffin d’abord en affirmant que Macron avec ses réformes antisociales ne faisait qu’appliquer son programme approuvé par les électeurs . Quelle que soit sa mauvaise foi il ne peut oublier que son président a été élu avec seulement 43,6% des votants et que dans ces électeurs une forte proportion l’avait choisi par défaut face à Marine le Pen . Dans ces conditions prétendre que c’est son programme qui a été approuvé relève de l’hypocrisie . Ensuite face à une « gilet jaune » personnage du film de Ruffin qui regrettait l’attitude des médias à leur encontre il s’est cru obligé de défendre ses confrères avec une véhémence complice . Pour Ruquier les chaînes d’information continue ont amplement communiqué sur l’action des gilets jaunes . C’est faux elles se sont toutes contentées de décrire en long et en large les nuisances occasionnées par les barrages . Dès le début des actions toutes , comme un seul homme , se lamentaient de l’absence de leader dans un mouvement qui précisément se défendait d’en avoir et d’en vouloir. Ensuite après le premier samedi avec violences , dont on peut raisonnablement estimer que si elles n’étaient pas avec certitude inspirées par le pouvoir , elles lui étaient bien utiles , l’ensemble de la presse télévisée ne s’est plus occupée que des affrontements et autres destructions .
L’information a de nombreux moyens de traduction . A la base il y a les images et les sons enregistrés par des journalistes techniciens . Ils font leur travail honnêtement et filment ce qui se présente , ils ne sont pas en cause . Ensuite tout se passe sur le plateau . Avec une armada , de commentateurs plus ou moins engagés politiquement , d’éditorialistes qui ne représentent qu’eux-mêmes et tout un traitement d’images qui ne cessent de manipuler le téléspectateur , bien souvent à son insu . Exemple : une « gilet jaune » est invitée sur un plateau et exprime sa pensée sur un événement d’actualité . A l’image cette personne ne va presque tout le temps occuper seulement , selon les cas , un quart ou un tiers de l’écran qui sera rempli par des vues de combats ou de tout ce qui pourra influencer le spectateur dans un sens défavorable . Et cela à longueur de journées . Comment peut-on imaginer que dans ces circonstances il ne se produise pas de désaffection vis-à-vis de ceux qui sont ainsi désignés comme responsables des incidents présentés en boucle .
Contrairement à ce que voudrait nous faire croire Ruquier les chaînes d’information sont à la botte du gouvernement et surtout du pouvoir de l’argent . Ce monsieur est d’ailleurs de plus en plus insupportable au fur et à mesure qu’il envahit l’espace public . Celui qui se contentait à ses débuts de jouer le rôle de maître d’école puis de président de jury , se prend maintenant pour une sorte « d’honnête homme » , de donneur de leçons . Il me fait de plus en plus penser à ce personnage qui venait , une fois par semaine expliquer au bon peuple ce qu’il devait croire et penser , et que Desproges appelait Leprince Ringard .

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