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Billet de blog 21 nov. 2015

De la culture comme rempart

daniel lebordais
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Après plus d'une semaine, la barbarie de Daesh à Paris demeure dans nos esprits, rejointe par celle de Bamako, sans oublier celle de Beyrouth, peu avant Paris, tragédie ayant fait 44 morts, bien oubliée par des médias ethnocentrés. En dix jours nous avons eu droit à tout, entre le pire et le pire du pire... Wauquiez a gagné haut la main, Valls et son état d'urgence, la consternante union sacrée des députés et sénateurs votant dans un bel élan les prochaines restrictions à nos libertés. De nombreuses rencontres sportives et spectacles furent annulés, la peur menaça, l'armée et la police patrouillèrent dans nos rues...

Pour ceux qui disposaient encore de leurs cerveaux, après la douleur et l'effroi bien compréhensible, se posait la question : Comment réagir ?

La solution de facilité de Hollande et son gouvernement fut vite adopté. "Nous sommes en guerre", donc état d'urgence, plus de policiers, plus de gendarmes, plus d'armes pour la police, plus d'assignations, plus de déclarations guerrières, plus de bombardements chaque nuit, plus de...terroristes tués en Syrie, ou sans doute plus de Syriens tués...

Tout cela débouchant assez vite sur moins de libertés, moins d'internet, moins (voire plus du tout) de manifestations, moins de grève (3 annulées en une semaine), moins de libre circulation...

Pourtant il existe pour nous un rempart face au terrorisme de Daesh.

Un rempart nommé, culture.

La culture au jour le jour, du plus jeune âge au troisième, la culture partout, celle qui se partage, l'apprentissage des langues, y compris régionales, l'ouverture sur les littératures et les cinématographies du monde, l'étude des religions y compris celle qui est la seconde en France, l'Islam. Afin de ne plus confondre Islam et Islamisme ! Donner plus de moyen au programme européen Érasme, à la chaine Arte, aux associations culturelles, aux théâtres. La culture est un état d'esprit, une respiration, le pouls d'un pays, d'un peuple. Qui bat. Comme une musique. La musique le seul langage universel comme la science l'a prouvé par le passé, en faisant écouter du Mozart à une tribu d'Amérique du sud ayant eu peu de contact avec la civilisation. Les émotions furent alors les mêmes que celles d'un parisien ou d'un algérien. Cette musique (du diable, l'autre nom du blues) que redoute les islamistes.

Dès le lendemain des attentats, alors que les nombreux morts du Bataclan n'étaient pas encore identifiés, Jacques Weber avait parlé juste, soulignant que le théâtre, donc la culture, était une résistance. Il fallait jouer, dès le lendemain. Alors que nombre de spectacles étaient annulés un peu partout. Jouer sans doute avec la peur, avec moins de spectateurs, mais jouer. Beau geste.

Résister c'est créer, créer c'est résister.

La culture, tout comme l'éducation, est un rempart à la barbarie. Elle permet de s'affirmer en tant qu'humain, en tant qu'humain apte à accueillir les migrants qui justement fuient la barbarie un peu partout. La culture comprise comme Jean Vilar, l'élitisme pour tous, l'éducation populaire, une forme d'antidote au racisme, au populisme, à la xénophobie et à la violence religieuse ou identitaire qui monte en Europe.

Il ne s'agit pas de défendre,comme on peut l'entendre parfois, un certain art de vivre, si frenchy, il ne s'agit pas de défendre le béret et la baguette,mais juste de mettre en avant la culture sous toutes ses formes, du street art au rap, de la techno aux Rolling Stones. Ceux qui tirent sur des amateurs de rock au Bataclan, ou ceux qui menacent des spectateurs en priant devant des théâtres, ou qui détruisent à trois reprises une œuvre d'art contemporaine dans les jardins du château de Versailles, sont certes différents. Mais ils ont en commun une haine de la culture, de la culture qui libère, la culture qui permet de résister, de penser, de vivre... Et les intégristes, islamistes ou catholiques, ou les fascistes détestent la culture, détruisant ici et là dans le monde des œuvres millénaires !

Ne cédons ni à la peur, ni à la haine, ni aux interdictions d'un état d'urgence liberticide, la culture comme forme de résistance, comme forme de vie. Nous allons continuer à voyager, à lire, à écouter du rock and roll, à voir des films et à nous rendre au théâtre, et à manifester si nous en avons envie.

Malgré Daesh, malgré l'état d'urgence.

Parce que sinon, la barbarie pourrait gagner.

Et nous ne voulons pas cela.

Dan29000

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