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Billet de blog 3 oct. 2022

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Urgence : Il nous faut changer de politique africaine !

La politique africaine de la France doit être revue rapidement et profondément. Les erreurs commises nous ont conduit à une impasse. Si l'on veut restaurer notre crédibilité et notre image, de profonds changements sont nécessaires. Il y a URGENCE !

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Urgence: Il faut changer rapidement de politique africaine !

Voilà des années que je qualifie la politique étrangère de la France vis à vis de l'Afrique de "lamentable"!
Outre qu'elle s'apparente à une sorte de survivance de la "françafrique" mise en place après les indépendances pour conserver selon la phrase de Disraéli au 19ème siècle "Ce n'est pas parce que les pays deviennent indépendants que la colonisation doit s'achever. ", elle a été largement aggravée depuis Sarkozy puis Hollande et le ministre Le Driant avec ses amitiés coupables...
Les récents événements en Guinée, puis au Mali, et enfin au Burkina Faso ces jours derniers, viennent de nous montrer, une fois de plus, que la France est de plus en plus détestée. Les drapeaux russes flottent partout lors des manifestations populaires. Ce devrait être une souffrance pour tous les français. Ça l'est pour moi en tant qu'ancien coopérant travaillant presque quotidiennement avec des clients africains.
Sans nier la désinformation savamment manipulée par la Russie, il faut reconnaître que nous avons su, avec notre arrogance habituelle, donner des leçons paternalistes (comme Mitterrand à Sankara) à ceux qui ne sont pas des enfants, humilier certains dirigeants, et même cautionner des coups d'états institutionnels. Donnant ainsi des idées aux Guinéens, Maliens, Burkinabés...

Sans remonter jusqu'aux origines et aux motifs des colonisations, rappelons en effet à ceux qui suivent forcément de loin nos engagements africains la liste de nos plus récentes erreurs:

  • - Nous avons largement soutenu et télécommandé, par l'intermédiaire de Boigny et avec la complicité de Compaoré (le grand "ami" de Thomas Sankara), l'assassinat de ce dernier qui est actuellement une figure admirée dans toute l'Afrique (A l'égal de Patrice Lumumba, ou d'Ernesto Guevarra). Notre président a même humilié récemment en public le président Kaboré, élu démocratiquement, et qui vient justement d'être chassé par un coup d'état en forme de poupées... russes ! Même JL Mélenchon a été récemment maladroit et incompris devant les étudiants burkinabés. Pas assez clair et net sur son projet politique et trop axé sur la francophonie, perçue comme un instrument de domination. 
  • - Au Rwanda, alors que nous étions mandatés pour tenter d'y maintenir la paix, nous nous sommes rendus coupables de "non assistance à population en danger". Nous savions tout mais nous n'avons pas agi. Même des militaires présents ont témoigné de cela.
  • - En Côte d'Ivoire, madame Alliot Marie, après avoir proposé son assistance policière au dictateur tunisien Ben Ali, a organisé, avec l'appui de pilotes mercenaires biélorusses, une opération fumeuse de  bombardement de la base française de Bouaké (Une erreur tragique a provoqué plusieurs morts dont un américain). Tout cela pour donner à la France un prétexte pour intervenir afin d'écarter Laurent Gbagbo du pouvoir au profit d'Alassane Ouattara. Ce même Ouattara qui a modifié la constitution pour pouvoir effectuer un troisième mandat avec la bénédiction française. La France valide ainsi des coups d'états institutionnels. Ce même Gbagbo ayant finalement été blanchi par la cour de justice de La Haye, ce qui constitue un nouveau camouflet pour notre pays.
  • - Au Mali, notre armée, outre notre engagement et nos 52 morts, que tout le monde, (y compris les maliens), honorent, nous avons commis une grave bavure en mitraillant un village ou se déroulait un mariage que nous avons confondu avec des terroristes. Les excuses l'ont été à minima et nous aurions du faire beaucoup plus.
  • - En Centrafrique, notre intervention a surtout été remarquée par le viol de femmes dans nos véhicules militaires, sous prétexte de visites guidées... Ce qui nous a coûté notre remplacement par les russes et de la milice Wagner.
  • - En Guinée, le président Alpha Condé soutenu par la France, a été renversé par une révolte populaire. Un nouveau dictateur assez violent est arrivé au pouvoir.
  • - Au Tchad, l'un des pays clés de la présence française, le président Déby soutenu par la France, malgré ses habitudes de tortures dans le palais présidentiel et de disparition des opposants, est mort au combat dans des circonstances douteuses. Macron s'est précipité pour assister à ses obsèques et pour adouber son fils. En contradiction avec la constitution qui prévoyait un intérim assuré par le président de l'assemblée nationale.
  • - De même, ces temps derniers au Cameroun, Paul Biha le vieux lion vieillissant, au pouvoir depuis des lustres, a quasiment fait bénir son propre fils par notre président.

La liste est longue de nos avanies. Et tout est documenté pour qui veut suivre de près la situation sur ce continent. (Médiapart, Le Média, association Survie...)
Il ne faut pas s'étonner alors que nous soyons de plus en plus détestés partout en Afrique. D'autant plus que nous y avons le statut d'ancien colonisateur.
La lutte contre le terrorisme est un prétexte qu'une personne avertie ne peut plus avaler aujourd'hui. Il est d'ailleurs utilisé par toutes les dictatures pour opprimer ses opposants.

Alors que faire ?

A la fin des années 70, lors d'une réunion à Paris, j'avais demandé à notre ministre des affaires étrangères, Michel Jobert, très bien côté au plan international, quelle était la base d'une bonne politique étrangère pour la France. Il m'avait répondu, avec sa sobriété de parole habituelle : "L'image de la France dans le regard des autres hommes." Tout est dit !

Force est de constater, qu'en Afrique, cette image est dégradée à un point qu'on peut même se demander si un jour nous n'y serons pas tout simplement "interdits de séjour".

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