Michel, c’était mon copain au collège Pierre Puget à la fin des années cinquante, à Marseille, puis mon complice de promo à Sup de Co, rue Sainte Victoire, militant avec moi au sein de la cellule des Etudiants communistes que nous avions implantée, à la hussarde, dans ce nid de la bourgeoisie marseillaise.
Sa peinture témoignait de sa nature tourmentée. Un regard malicieux agrémenté d’un sourire permanent éclairait pourtant son visage. J’ignorais, à cette époque, qu’il écrivait aussi des poèmes.
Le hasard de la vie nous a rapidement séparés. Perdus de vue durant plus de cinquante ans, le même hasard nous a réunis à nouveau il y a peu, chez lui, à Forcalquier. Chacun de nous a pu redessiner, au soleil d’une belle journée provençale, les méandres de sa vie.
Michel a soigneusement rangé ses tableaux au fond d’un garage et ne peint plus. Il mène une vie paisible et méditative sous le ciel de Haute Provence Il m’a confié avant que l’on se quitte, les coordonnées de son premier recueil de poésies (Wal-Khavenji).
J’ai acheté ce recueil sur internet et vous en livre aujourd’hui quelques échantillons.
A bientôt, Michel !
POETE
L’aube filtre son cristallin
dans le format du ciel
propriétaire de son labyrinthe
sa vision surcharge les issues murées
contient l’hymne centrifuge
qui projette son ombre dans le clos
Ses yeux se ferment contre la roseraie
au vent capital
une goutte de sang épineux
rehausse la fleur d’agonie
qui le fascina dans son broc
Il nettoie ses larmes polluées
s’enténèbre dans une ardoise propre
jamais un cri ne dépasse la haie
la mer ne l’informe pas du supplice
l’extase soulevée
de son confort en fosse carrelée
lui offre une piéride
son camée du divorce
Michel VAUTIER
« WAL – KHAVENJI » Prix Pont de l’Epée, Saint Germain 1971
Guy Chambelland, éditeur, 1972
JOURS
Tandis qu’en l’alcôve poncée
geignent les tuberculeux tropismes
que mon existence enceinte de trous paludéens
sent monter un solvant
qui la dissout
jour après jour
la mer s’agenouille au rivage
sans cesse la mer
sans cesse
dans la rumeur de ses menhirs
revient sur sa promesse
de ne pas revenir
là où je hisse mon front au soleil carnassier
parmi ces buveurs d’eau salée
qui n’abjurèrent l’Etude
que pour venir de loin.
Michel VAUTIER
« WAL – KHAVENJI » Prix Pont de l’Epée, Saint Germain 1971
Guy Chambelland, éditeur, 1972