La gauche a gagné : soirée de merde !

Je ne me préparais pas à sauter au plafond. Mais en disant à mon épouse qu'il pourrait être sympa de partager la victoire de François Hollande, que je pressentais, avec sa sœur Annie, je n'envisageais pas, non plus, une soirée de merde. C'en fut une. Une vraie.

Je ne me préparais pas à sauter au plafond. Mais en disant à mon épouse qu'il pourrait être sympa de partager la victoire de François Hollande, que je pressentais, avec sa sœur Annie, je n'envisageais pas, non plus, une soirée de merde. C'en fut une. Une vraie.

Dès le milieu de l'après-midi, un tour sur la Toile me convainc « qu'on » a gagné. L'échange en direct sur Mediapart ne me laisse plus aucun doute. J'y apprends même que les autres, ceux pour qui je n'ai pas voté, commencent à démonter les structures installées au Trocadéro pour fêter la victoire. Il n'est même pas 18 h.

Du coup, mon épouse me demande, pour la forme, si son vote vaut le déplacement. Ça n'est pas une vraie question. Elle accomplit son devoir.

Quelques clics sur les sites suisses ou belges que je réussis à connecter et le doute résiduel disparaît. « On » a gagné.

Un tour dans le salon pour savoir ce qu'en disent les vieux medias, la télé , quoi. Les télés, plutôt. France 2, I Télé, BFM, TF1... J'ai pas les autres. Partout, un tour de force. Des éoliennes qui brassent. De l'air forcément, tant l'info est rare. Interdite, plutôt. À l'évidence, ils savent tous. Mieux que moi. Mais ils font comme si. Tous ces journalistes, dits professionnels, nous délivrent, deux heures durant, du foutage de gueule. Sans la moindre grimace, la moindre mimique pour s'en excuser. Ils nous prennent pour des jambons en la jouant plus pro que moi, tu meurs. Une vraie performance. Dont « on » rigolera d'ici pas longtemps. C'est même commencé, la rigolerie.

Au bout du suspense, à 20 h tapantes, France 2 m'informe de ce que je sais depuis quelques heures. À un cheveu près, le résultat est conforme à celui que les sites d'info voisins de notre frontière Est diffusent depuis des plombes.

Ma joie est sur le point de se manifester. Dire d'exploser serait exagéré. Dans les secondes qui suivent 20 h, France 2 illustre la victoire de la gauche, par une réaction de... Thomas Hollande, le fils d'icelui. Mon élan en cours d'élaboration s'en trouve scié. Net. Pas ma colère. Mon épouse et sa sœur en font les frais. Je les prends à témoin : « Putain (oui, je ne châtie pas toujours mes mots autant que mes amis), c'est tout ce qu'ils trouvent à montrer. Mais on s'en tape du branleur d'Hollande. Y'a plein de gens, à la Bastille notamment. Qu'on nous les montre. Pas lui.

Et sa mère, Ségolène, pourquoi elle leur dit pas, sur le plateau, que c'est une idée à la con, aux journalistes cravatés. C'est tout ce qu'ils ont trouvé pour illuster le caractère historique du moment ?

Bonjour, le professionnalisme. C'est en conférence de rédaction, à plusieurs, entre pros, que se concocte une séquence comme celle-là. Une séquence de merde...

Et François, qui vient de parler « d'exemplarité » en entammant son discours corrézien, pourquoi n'a-t-il pas cadré les bidons avant la soirée ? Pourquoi laisse-t-il son fils s'exhiber, son ex approuver ? Il est demeuré ou quoi. Il ne se rend pas compte de l'image que toute cette comédie à la con envoie. C'est nous qu'on a voté pour lui. Son branleur, son ex, son actuelle, on s'en fout ! »

Comme d'hab, je me suis énervé trop fort. La soirée de liesse est niquée. De chez niquée. Mais ce n'est qu'un début. Sur France 2, ils, les pros, continuent le combat. Toute la soirée, ils vont suivre leur fil rouge : la famille et l'émotion. À « Toute une histoire », elle ressemble leur soirée électorale. T'aurais voulu la caricaturer, tu te serais arrrêté là où , seulement, ils commencent.

En la faisant courte, j'ai vu Thomas avec son iPhone où il était marqué un truc avec papa dedans, je l'ai vu tout émotionné, au bord des larmes, balbutiant une analyse politique sans doute de haute tenue. J'ai vu sa maman, pas moins émotionnée devant la performance du rejeton qui en remontrera surement au Prince Jean.

J'ai vu Valérie aussi. À Tulle, sur l'estrade, avec des roses et un brushing qu'il commence à me gonler. Elle a esquissé, attention, juste esquissé, elle sait se tenir, esquissé donc, un tout petit pas de danse avec son président... sur un air d'accordéon dont France 2 m'a appris qu'ils en fabriquent, à Tulle. L'info, toujours l'info.

L'honnêteté m'oblige à dire que France 2, malgré toutes les contraintes de la soirée, l'a frappée au coin de sa marque de fabrique. Presque sur le Tour de France, mais de nuit, on se croyait : des images de motos, de voitures qui roulent, de phares, de feux arrières surtout, de cameramen... Des images prises de la route, au péril de leur vie (comme sur le Tour, une moto est tombée) par des reporters aux côtés desquels ceux qui se disent de guerre ne sont que vulgaires prétentieux. Des images d'hélico aussi. Si, je vous assure. Des trainées de lumières sur un ruban noir. Une suite de bagnoles dans la nuit, comme filmées depuis un satellite. D'hélictoptère, en fait. Comme au Tour de France, je vous dis.

Ah si, une ou deux fois, on a deviné François, le nouveau Président. Au téléphone, sur la banquettre arrière. L'info, coco. Toujours.

Assez tard, fourbu de tant de politique, le gateau sur la cerise : la cousine de François Hollande, interrogée par Laurent brushing Delahousse. « À seize ans, déjà.... et bla, bla, bla... »

Je vous jure, j'ai rien inventé.

Hier soir, dimanche 6 mai 2012, la gauche a gagné... Et j'ai passé une soirée de merde. Pas un coup de fil d'un pote réjoui, pas un coup de klaxon dans ma rue. J'ai téléphoné à personne non plus... Une soirée de merde je vous dis. Bon, c'est vrai, l'autre est parti. Mais y'a du taf. Plein ! Heureusement, y'a aussi Thomas. Et Valérie, et la cousine. Et Ségolène, j'allais l'oublier. Ç'aurait été dommage. Elle aime tant son fiston et est restée si proche de son ex. Quoi, pardon, c'est pas de la politique ? Ah bon, s'cusez. 

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